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2009-10-31 19:14:40 : Turin - Saint Vincent : récit de mon premier cent bornes - 17-10-2009 - 0 photo - 11 réactions

Comme d'habitude, le CR avec photos ordonnées se trouve sur Kikouroù : http://www.kikourou.net/recits/recit-9075-gran_premio_delle_regione_-_100_km-2009-par-l_castor_junior.html

L'avant course

En un peu moins de cinq ans de course à pied, j'ai eu la chance de courir deux 24 heures (soit un peu plus de quatre cent-bornes au total), trois 12 heures (un peu plus de trois cent-bornes), une dizaine d'ultra-trails de plus de cent kilomètres d'une traite, mais jamais le moindre 100 kilomètres officiel.

 

Millau me tente depuis longtemps, parce que la course est mythique et se déroule dans une région qui m'est chère, mais je n'ai jamais su me rendre disponible pour cet effort fin septembre.

 

Lorsque Jérôme nous présente, au 24 heures de Turin, courant juin, le projet de Giro Italia Run de faire renaître la plus ancienne course d'ultrafond d'Italie, entre Turin, dans le Piémont, et Saint-Vincent, dans le Val d'Aoste, je me décide rapidement à tenter l'aventure.

 

L'objectif, qui ne peut plus sérieusement être de seulement finir, serait d'améliorer ma marque sur la distance, à savoir un peu plus de 9h30' lors de mes participations successives aux 12 heures de Bures sur Yvette. Las, mon manque d'entraînement caractérisé depuis plus de deux ans maintenant ne me permet pas de nourrir d'espoirs sérieux, et j'entends surtout profiter de la fête que sera cette renaissance, dans une région que je commence à découvrir et à apprécier au fil de mes balades pédestres.

 

Mais, après tout, comme je le rappelle la semaine précédant la course à Zeb, je suis parfois capable d'accomplir des miracles lors de mes premières incursions sur des courses d'un format nouveau pour moi (CCC 2006, 24 heures 2006, Morbihan 2008, etc.). On verra bien et, comme on dit en italien : in bocca al lupo !

 

Après une semaine de travail chargée et un peu plus de six heures de train, je suis, comme toujours, pris en charge par Jérôme qui, cette fois, a réussi à être plus en retard que moi ! En effet, à peine remis de son superbe marathon de Carpi (sous les 2h38', tout de même), il a passé une bonne partie de la semaine à préparer, aux cotés d'Enzo Caporaso, détenteur du record du nombre de marathons officiels courus consécutivement, et de l'équipe de Giro Italia Run, les derniers détails de ce 100 km compliqué au plan logistique, comme la plupart des courses en ligne.

 

Heureusement pour moi, Jérôme n'a perdu ni son savoir vivre ni la clef de sa cave, et c'est entre Martini Rosso, pizza et, surtout, Barolo Costa di Rose que j'achève ma préparation (???). Autant dire que j'ai du mal à me laisser gagner par le stress, même si certains (n'est-ce pas Zeb ?) me rappellent qu'un chrono sous les 10h30' me permettrait de m'inscrire au Spartathlon jusqu'en 2011...

 

Samedi matin, jour de la course, j'accompagne Jérôme dans les bureaux d'Enzo et donne un (tout petit) coup de main aux préparatifs, ne négligeant toutefois pas mon alimentation (un croissant, un pain et un chausson au chocolat), puis nous regagnons, dans le camion que Jérôme va utiliser pour approvisionner l'ensemble des vingt ravitaillements, la concession Spazio, temple gigantesque de l'automobile turinoise, d'où sera donné le départ. Spazio, sponsor de la course, ne fait pas les choses à moitié, offrant aux coureurs un copieux petit déjeuner dans le restaurant de la concession.

 

C'est pour moi l'occasion de retrouver des visages connus :

- Silvio Bertone, en équipe d'Italie de 100 km, que Jérôme et moi avons suivi de près ou de loin sur la partie suisse de l'UTMB 2009,

- Silvio Arzenton (Silver), rencontré au Valdigne et au Trail della Merla, toujours avec le même plaisir,

- Franco Varesio, croisé au 24 heures de Turin et qui, blessé, part seulement pour une dizaine de kilomètres aujourd'hui,

- Vincenzo Dragonetti, un ami de Franco, Jérôme et les autres, parti pour courir son deuxième 100 km après le Passatore 2007,

- Giorgio Vergnano, rencontré d'abord au Valdigne 2008, puis à toutes les courses de Courmayeur depuis, et

- Andrea Schena, autre Courmayeur Trailer, croisé sur la fin de l'Arrancabirra, qui vient aujourd'hui dans le seul objectif, avec Giorgio, de réaliser une sortie d'entraînement en vue du prochain Marathon Nice-Cannes.

 

Etranges instants avant le départ, au milieu de cette concession où se pressent des dizaines de Turinois à l'affût d'une belle Italienne, et des coureurs à l'affût de leur victoire personnelle.

 

Mes doutes de dernière minute me conduisent à multiplier les allers et retours entre la ligne de départ, à l'extérieur du rez-de-chaussée, et le bar où nous avons entreposé nos sacs de mi-course et d'arrivée, au deuxième étage.

 

Premier aller-retour pour récupérer, au fond de mon sac destiné à l'arrivée, le tube de Sporténine qui constituera, en plus de mes habits de course, la seule chose que j'aurai sur moi pendant la course.

 

Le second sera plus problématique. En effet, cinq minutes avant le départ, j'ai le sentiment d'avoir oublié, dans mon sac du cinquantième kilomètre, la frontale, qui me sera indispensable si, comme je n'en doute pas, j'arrive à Saint-Vincent après 19h00... Cette fois, je traverse la concession en courant,  et retourne de fond en comble mon sac de l'arrivée, en vain : pas de frontale !

Damned ! Il me faudra bien trouver une solution : soit finir en moins de huit heures (!), soit compter sur un sacré coup de chance pour pouvoir en disposer à la tombée de la nuit.

 

En redescendant, je tombe sur Giancarla Agostini, qui me propose une part de pizza. Bah, je ne suis pas à une entorse près aux règles d'alimentation du sportif avant l'effort, et, après tout, l'heure de l'apéritif approche, non ?

En plus, ça me permet de penser à autre chose qu'à ma tête de linotte...

 

Retrouvant les amis Italiens dans l'aire de départ, je demande tout de même à tout hasard à Franco, qui devrait être le premier d'entre-nous à en finir avec la course, s'il peut prévenir Jérôme de mon étourderie et lui demander, le cas échéant, de venir me secourir en m'apportant sa lumière si la nuit devait me rattraper trop tôt...

 

La course

Cinque, Quattro, Tre, Due, Uno : c'est parti, et les cent-cinquante valeureux du jour s'élancent à l'assaut de leur défi personnel derrière une décapotable où se tient Gelindo Bordin, le directeur de course, champion olympique de marathon à Séoul en 1988.

 

Les premiers kilomètres dans Turin sont magiques, pour moi qui n'ai plus couru de course sur route depuis les 20 km de Paris 2007.

Les carabiniers ont neutralisé la moitié de la via Gugliemo Reiss Romoli et du Corso Vercelli, que nous prenons sur notre gauche jusqu'à la sortie de Turin.

Dispositif impressionnant pour la petite masse que nous représentons dans cette grande ville...

 

Les choses partent vite en tout cas : pour ma part, ces trois premiers kilomètres sont courus à près de 14 km/h, vitesse totalement inappropriée sur la distance, et je suis pourtant loin d'être en tête de la course.

 

Je ralentis donc dès le passage de la Tangenziale Nord, et me mets à une allure qui restera mienne jusqu'au quart de l'épreuve, entre 12 et 12,5 km/h.

Le sentiment de plénitude que je ressens en ce début de course, et la facilité apparente de l'exercice, ainsi que semble le montrer mon cardiofréquencemètre, calé entre 160 et 165 pulsations par minute (mon allure 24 heures de 2006 !) m'incitent à ne pas chercher à ralentir.

 

Au ravitaillement du cinquième kilomètre, à Mappano, je prends, à la volée, un verre d'eau, que je cherche à jeter dans la première poubelle venue qui, course sur route oblige, sans doute, ne viendra finalement pas...

Le gobelet finira donc par terre, au milieu de quelques congénères. Tant pis...

 

La cohabitation avec les véhicules, qui ont, hors de Turin, repris leurs pleins droits, s'effectue pour l'heure sans entrave, d'autant que des Carabiniers sécurisent l'ensemble des ronds-points et intersections que nous devons traverser, sans que cela semble trop déranger des automobilistes pourtant probablement surpris par la maigre taille de notre cortège qui s'étend pourtant déjà, écarts de vitesse obligent, entre les bolides partis en tête et celles et ceux qui envisagent de boucler l'aventure en marchant.

 

Je me fais doubler par un couple de jeunes coureurs, tous deux en survêtement en coton (bleu pour lui, rose pour elle...), dont j'espère qu'ils ne sont pas partis, dans cet accoutrement et à cette allure, pour aller à Saint Vincent...

 

Peu avant le ravitaillement du dixième kilomètre, à Leini, Giorgio et Andrea, avec une belle foulée de conserve, me dépassent en m'encourageant. Je sais qu'eux doivent s'arrêter au trente-cinquième, et je n'aurais de toute façon probablement pas les moyens de les suivre.

 

Il n'empêche : j'ai beau savoir que mon allure, quoique facile, est un peu supérieure à ce que j'imagine être ma vitesse d'endurance du moment, l'idée, loufoque, qu'elle me permettrait peut-être d'arriver à proximité de Saint Vincent avant la nuit noire me motive à la maintenir.

 

Je passe à Leini, soit 10,2 km de course, 23ème, en 47'28'', bien plus rapidement que mon premier 10 km, il y a à peine cinq ans...

Je prends de nouveau, au vol, un verre d'eau et repars sur cette longue ligne droite que nous ne quitterons pas jusqu'au quinzième kilomètre, à l'arrivée dans Lombardore.

 

A partir de ce ravitaillement, je prends un verre de Coca Cola en lieu et place de l'eau, mais ne marque toujours pas d'arrêt. J'en profite également pour entamer ma prise régulière de Sporténine (un comprimé tous les quinze kilomètres d'abord puis, à partir du trentième, tous les dix kilomètres).

 

 

Avant l'arrivée au ravitaillement de Cascina Vittoria, vers le vingtième kilomètre, une voiture s'arrête à ma hauteur et la passagère m'interpelle. Dialogue de sourds, vu mon faible niveau d'Italien, mais je comprends qu'elle me propose une bouteille d'eau, dont je bois une gorgée avec plaisir avant de la lui rendre.

 

Elle fera de même avec les deux coureurs que j'aperçois quelques dizaines de mètres devant moi. Il faut dire que le temps s'est largement dégagé depuis ce matin, et qu'à l'approche du zénith, les températures se sont largement élevées, comme je peux le mesurer en essuyant les gouttes de sueur qui perlent sur mon visage.

 

La traversée de Feletto, au vingt-cinquième kilomètre, est mémorable à plus d'un titre. D'abord, elle marque la fin des longues et larges lignes droites que nous avons suivies, pour l'essentiel, depuis le départ. Dorénavant, nous traverserons davantage des villages typiques du Piémont que les villes de la banlieue industrieuse de Turin.

Ensuite, elle sonne le début de la longue montée qui doit nous conduire à la mi-course, et je ne me prive d'ailleurs pas, dans les rues pavées à l'approche du ravitaillement, de marcher un peu.

Enfin, ce ravitaillement, comme me l'avait indiqué Jérôme, est censé être un point-pizza. Et, en effet, des parts immenses de pizza sont découpées et nous attendent sur la table. J'en redécoupe une dans un format plus adapté à l'effort du moment, et remercie les bénévoles qui, depuis le départ, sont des plus sympathiques, avant de continuer mon périple, dans les ruelles inclinées de ce village.

 

Nous traversons l'Orco vers le trentième kilomètre, à hauteur de Rivarolo Canavsese. Je suis toujours sur une allure moyenne de 12 km/h, et passe le tiers de la course en moins de 2h45'.

 

La deuxième montée franche commence dans la traversée d'Aglie, avec son château ducal. Il est presque 14h00, et le soleil tape toujours beaucoup. Je ne regrette absolument pas d'avoir pris mes lunettes de soleil, que j'avais pourtant failli laisser à la maison au vu du temps de chien de la veille...

 

Je lève un peu le pied, tant à cause de la chaleur que de la pente qui s'élèvent toutes deux, mais maintiens néanmoins un bon rythme, à plus de 11 km/h, qui doit être, en pratique, ma vitesse de croisière sur une course de ce type.

 

Dans la forêt que nous traversons à l'approche du quarantième kilomètre, je crois apercevoir, au loin, des bénévoles. Serait-ce le ravitaillement, subitement avancé alors qu'Enzo nous avait indiqué qu'ils étaient tous situés quelques centaines de mètres après le kilométrage officiel ?

Ce n'est qu'en m'approchant que je réalise que ma myopie m'a, de nouveau, joué un tour : il s'agit en fait de travailleuses quelque peu " bronzata " , ainsi que les qualifierait un certain Président du Conseil Italien...

Désolé mesdames, mais hormis un peu de sueur et quelques comprimés de Sporténine, je n'ai pas grand chose à offrir aujourd'hui...

 

Au ravitaillement du quarantième kilomètre, à Baldissero Canavese, j'ai l'agréable surprise de trouver Enzo Capporaso, venu avec sa magnifique 500 rouge et blanche, qui me demande si tout se passe bien pour moi, et me prévient que les prochains kilomètres, tout en montée raide, vont être costauds. Il m'annonce même dans les dix premiers, ce qui fait plus que m'étonner. Il faut dire qu'aux pointages précédents, on m'a annoncé successivement 19ème, puis 14ème, sans que j'aie doublé quiconque.

Bah, comme je l'indique à plusieurs bénévoles, " Sono il primo Francese, per que sono il unico " ;-))

 

Je passe le marathon, où je m'attendais à voir une marque forte, au vu du record d'Enzo (les 51 marathons en 51 jours), en 3h35', ce qui, au vu du profil de la course et de mon niveau d'entraînement depuis deux ans, est une excellente surprise, qui me donne même envie, à cet instant, de m'aligner sur mon deuxième marathon.

Mais, chaque chose en son temps, et la montée vers le cinquantième n'est pas terminée, loin s'en faut.

 

Cependant, malgré la pente, ma forme me permet toujours de maintenir une allure correcte, sans jamais marcher, et j'arrive au ravitaillement de Vistrono, après le quarante-sixième kilomètre, en moins de quatre heures.

 

 

La montée se poursuit jusqu'au cinquantième kilomètre, à Alice Superiore, où nous pouvons donc retrouver le sac déposé au départ. Il contient, je le sais, ma veste en Gore-Tex et un TS manches longues, que j'avais mis au cas où les conditions météo se seraient largement dégradées, et pour faire face au probable rafraîchissement entraîné par la tombée de la nuit à venir.

A ma plus grande surprise, je sens au fond du sac une excroissance qui semble cacher autre chose que du textile... Bingo : la frontale que je cherchais partout ailleurs était, en fait, là où elle devait être, depuis la veille sans doute.

Damned, j'aurais pu partir plus tranquillement ;-))

 

J'enfile ma Tikka+ sur la tête, par dessus ma casquette Kikouroù, et, après m'être ravitaillé, entame la descente tant attendue mais également redoutée.

En effet, elle semblait, sur le profil de la course, au moins aussi raide que la montée, et, après cinquante kilomètres à courir sur bitume, je crains que tout coup de folie se paie cash assez rapidement.

 

Je me laisse donc doubler par la première féminine et son accompagnateur motorisé, ainsi que par un autre coureur puis par la deuxième féminine.

Intéressant, au passage, de mesurer de visu l'intérêt d'avoir, sur ce type de course, un accompagnateur : Lorena n'a, ainsi, pas eu besoin de s'arrêter au ravitaillement, et son accompagnateur lui a, au cours de plusieurs arrêts rapprochés, permis d'adapter sa tenue aux conditions du moment.

 

Pour ma part, la descente s'effectue à une allure modérée, d'environ 12 km/h, qui me semble mieux adaptée à la suite du programme.

Une chose, toutefois, me perturbe : mon pied flotte un peu trop dans mes chaussures que je sais très grandes, et je crains de me faire mal. Je mettrai donc le prochain ravitaillement à profit pour resserrer un peu les lacets.

 

Las, à l'arrivée à Lessolo, en bas de la descente, ma tentative de resserrage des lacets se solde par l'émergence de violentes crampes aux cuisses.

Moi qui venais de refuser poliment la proposition des kinés présents à ce ravitaillement de me masser les jambes me résous finalement à m'allonger, heureusement sans trop de difficultés, sur la table de massage.

Le kiné qui entreprend de soulager mes douleurs effectue un superbe boulot, que je ressens dans l'instant dans la cuisse gauche, mais le chrono tourne et je vois un, puis deux, puis trois coureurs passer devant moi, pendant que je demeure allongé, immobile et impuissant.

Je tente de lui faire comprendre que j'aimerais qu'il passe plus rapidement à la cuisse droite, mais, barrière de la langue oblige, il croit que je souhaite arrêter net le traitement.

 

Je repars donc avec des sensations très particulières, la jambe gauche ayant totalement retrouvé ses capacités, tandis que la droite laisse encore transparaître des signes de faiblesse. Probablement pas la panacée, mais il faut bien repartir, et j'ai quelques comparses à rattraper après cette pause de près de dix minutes...

 

La reprise de la course remet toutefois peu à peu les choses dans l'ordre, et je passe au ravitaillement de Baio Dora en moins de 5h30'. Je sens toutefois que l'allure a baissé, plus proche maintenant de 11 km/h que des 12 km/h de la première moitié de course.

Je passe également plus de temps aux ravitaillements, afin de m'alimenter davantage, profitant autant de la charcuterie proposée que, surtout, des tartines de Nutella présentes depuis le trente-cinquième kilomètre. Difficile, même en course, de se départir de ses pêchés mignons...

 

Peu de temps après ce point de ravitaillement, je mesure pour la première fois à quel point les courses sur routes ouvertes à la circulation automobile peuvent être dangereuses. Je croise en effet un groupe de motards, dont celui de tête s'amuse à rouler sur la roue arrière en passant au plus près de moi, qui cours pourtant, à cet instant, du côté droit de la chaussée.

Heureusement, l'ambiance de folie lors de la traversée de Quassalo quelques hectomètres plus loin me fait oublier cette petite frayeur.

 

Je passe au ravitaillement de Tavagnasco, à 65,8 km, en 6h01', 18ème, après avoir déjà rattrapé la deuxième féminine et deux des trois coureurs qui m'avaient dépassé pendant mon massage à Lessolo. Je suis donc toujours sur des bases de 9h00', mais je sais que la fin de course, qui se fera nécessairement de nuit maintenant, et qui se déroule en côte, m'éloignera forcément de ce compte rond. Passer sous les 9h30' est en revanche toujours jouable. Reste que c'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses, et qu'il vaut donc mieux rester concentré sur l'instant présent.

 

L'instant présent, en l'occurrence, ce sont des allers et retours sous et sur l'Autostrada Torino-Aosta et la Doire Baltée, jusqu'à Carema. Nulle question pourtant de jeûner, et je profite du ravitaillement du soixante-dixième kilomètre pour recharger de nouveau les batteries, avant l'entrée dans le Val d'Aoste par Pont Saint Martin, première grande ville traversée depuis le départ de Turin.

 

Au ravitaillement de Donnas, au km 75,9, je passe en un peu moins de sept heures, en quinzième position, entre chien et loup, et je m'imagine déjà dans onze mois, à la mi-parcours du Tor des Géants, point de passage entre les deux Alte Vie du Val d'Aoste. Décidément, j'ai bien du mal à rester concentré sur l'objectif présent, mais j'avoue que la perspective de cette balade de 321 km et 24000 m de D+ au pied des Géants des Alpes me met l'eau à la bouche...

 

C'est peu avant le ravitaillement suivant, à Arnad, situé bien plus loin qu'attendu, que je passe devant Lorena, la première féminine, qui semble avoir eu quelques problèmes gastriques. Je l'encourage à s'accrocher et à me suivre, et nous parcourons ensemble les quelques kilomètres qui nous séparent de Verrès, où, à la nuit tombée, nous atteignons le ravitaillement du quatre-vingt-cinquième kilomètre.

 

Je troque mes lunettes de soleil pour la lampe frontale, et m'engage dans la nuit noire sur les quinze derniers kilomètres de la course. La circulation automobile se fait dorénavant ressentir davantage encore comme une menace, et je ne regrette pas d'avoir pris avec moi un brassard réfléchissant, que je change de bras selon mon sens de circulation sur la chaussée.

 

Au ravitaillement de Montjovet, qui marque le début de la montée ultime vers Saint Vincent, les bénévoles me proposent, sur le ton de la blague et en me montrant une bouteille de vin rouge posée sur la table de ravitaillement, de boire un verre avec eux. A leur grande surprise, je réponds par l'affirmative, et, lorsque j'insiste, ils se précipitent pour me tendre un gobelet rempli à moitié. Et c'est sous leurs yeux ébahis que je descends ces quelques centilitres qui, à ma grande surprise cette fois, pétille. Ah, le vino rosso frizzante, c'est quelque chose...

 

Allez, il ne s'agit pas de traîner ici, car il est déjà 19h30, et il me reste une toute petite heure pour rallier l'arrivée sous les 9h30'.

Las, la montée qui débute sitôt le ravitaillement passé est encore plus raide que je le pensais. Peut-être la nuit tombée et le verre de vin amplifient-ils ce ressenti. Je m'efforce néanmoins de maintenir à peu près les 10 km/h dans cette ultima salita.

 

Je croise de nouveau Enzo au dernier ravitaillement, à l'approche de Saint Vincent, à qui je demande de prévenir Jérôme de mon arrivée imminente : j'aimerais vraiment pouvoir compter sur les talents de photographe et vidéaste de ce dernier pour immortaliser cette arrivée, désormais imminente, de mon premier cent kilomètres. Hélas, Enzo, pris par les contingences légitimes de l'organisation, ne transmettra apparemment pas le message à un Jérôme de toute façon coincé au ravitaillement du centre culturel où je récupèrerai, à l'arrivée, mes deux sacs.

 

Je sais qu'après cet ultime ravitaillement, comme Jérôme me l'a indiqué avant le départ, le parcours consiste uniquement en de la descente vers l'arrivée.

Las, en guise de descente, c'est une nouvelle montée qui se présente, et qui manque de me contraindre à marcher. Si près de l'arrivée, cette perspective me rebute toutefois, et, tout en maudissant gentiment mon hôte italien, je continue à trottiner pour passer ce dernier obstacle.

 

Bien m'en prend, car le dernier kilomètre, lui, se déroule bien en descente, et je lâche les chevaux à un train de sénateur, à peine plus de 10 km/h, tournant autour du Casino, avant d'arriver, par la Viale Piemonte, sur l'arche d'arrivée Via Chanoux, dont la simple vue me motive comme à mon habitude pour finir au sprint, comme un fou maintenant que je sais être sous les 9h30', en espérant que mes singeries de fin de course seront enregistrées. Ce ne sera pas le cas, mais la photographe officielle me prendra tout de même, une fois passée la ligne d'arrivée, avec mon air de ravi de la crèche, arborant fièrement la médaille gravée pour l'occasion de cette édition de la renaissance. Ca y est : je suis cent-bornard !!!

 

 

 

 

L'après-course

Je prends deux bouteilles d'eau, pour gérer mon hydratation d'après-course, puis file rejoindre Jérôme qui me remet mes sacs et le cadeau finisher, à savoir un magnifique survêtement Diadora marqué Io c'ero, j'y étais. Je n'ai aucune idée précise à cet instant de mon classement final, mais la priorité est, pour moi, de prendre une bonne douche. Je me rends donc au gymnase en contrebas, en compagnie de Lorena, qui a terminé quelques minutes derrière moi, et de son accompagnateur.

 

La douche fait un bien fou, et me permet de goûter aux bienfaits d'un ultime massage qui, même sans huile, facilitera, j'en suis sûr, la récupération des jambes après ces cent kilomètres parcourus sur bitume.

Je remonte ensuite, frais et dispos, vers l'arrivée, et propose à Jérôme de boire un verre pour marquer le coup de ce qui aura été, finalement, une excellente course pour moi au vu de ma forme du moment.

Jérôme m'indique que Silvio a obtenu une très jolie troisième place. Bravo champion : ça fait plaisir de te voir en meilleure forme qu'à l'UTMB !

 

J'accompagne ensuite Jérôme, qui doit reprendre la route pour gérer la logistique des ravitaillements situés tout au long du parcours, vers la ligne d'arrivée, où nous croisons Silver qui en termine, explosant son record. Bravo à toi aussi, l'ami !

 

Je descends au gymnase déposer le sac de couchage que Jérôme m'a préparé, puis remonte (décidément, j'aurai avalé du dénivelé ce week-end !) vers le Casino que nous avons contourné dans les derniers hectomètres de la course.

En effet, le pack coureur contenait des tickets de jeu à utiliser dans ce qui est le plus grand casino du Val d'Aoste.

 

N'étant pas familier de ce type de lieux, je suis surpris par la foule qui peut s'y presser à cette heure tardive. Après tout, n'est-ce pas là, finalement, une forme d'addiction comparable à celle qui lie nombre d'entre nous à la course à pied, en particulier de longues distances ?

Il n'empêche, je préfère de loin notre addiction, et me sens comme une poule avec un couteau à l'abord des machines à sous. Mais, après tout, puisque la journée m'a souri, pourquoi la nuit ne me sourirait-elle pas à son tour ?

Bingo ! Parti avec 10 euros offerts par l'organisation, je ressors de ce temple du jeu avec 28 euros dans la poche, soit plus que le prix du dossard. Ce n'est pas la fortune, mais certainement la fortuna tout de même. Jérôme avait raison : ça valait le coup de s'inscrire ;-))

 

La chance me sourit encore lorsque je retourne au gymnase, car j'y retrouve Silver et un de ses amis : tous les deux ont terminé brillamment l'aventure, et nous discutons longuement, autour d'une nouvelle bière, de nos projets respectifs pour les mois à venir.

Je discute également avec Lorena et son accompagnateur. Le palmarès de cette membre des équipes d'Italie de 100 km et 24 heures est impressionnant, et elle m'évoque par moments notre Bibi nationale. Malgré ce palmarès, comme beaucoup de champions d'ultra, dont Silvio d'ailleurs, elle reste extrêmement disponible et souriante. Un vrai bonheur.

 

Je me décide enfin à essayer de dormir un peu, mais, entre l'excitation de la course qui ne m'a pas tout à fait quitté, la faim qui me guette, les jambes un peu raides, le confort spartiate des lits de camp installés à notre intention dans le gymnase dont la climatisation semble vouloir tourner toute la nuit, et, aspect non négligeable, cette faculté qu'ont nombre d'Italiens à parler de façon extrêmement endurante, j'ai un mal fou à trouver le sommeil.

 

Au final, le dimanche matin, je me lève en n'ayant probablement pas dormi plus de deux heures, et prends, avec Jérôme, qui a certainement encore moins dormi que moi, un petit déjeuner qui me fait le plus grand bien.

 

Je file un petit coup de main, avant la remise des prix, aux organisateurs pour faire place nette dans Saint Vincent et charger les camions de tout le matériel et toute la nourriture inutilisée. Une façon de passer, fort modestement, de l'autre côté de la barrière, ce qui ne fait jamais de mal aux coureurs que nous sommes.

 

Deuxième de la catégorie des moins de 35 ans, qui n'est pas censée être récompensée, j'assiste à la cérémonie de façon totalement détachée, aux côtés de Silvio et de sa soeur Catherine, grande championne de marathon qui fut, du trio qu'elle compose avec son frère et Jérôme, la première à passer le marathon en 2h40'. Sacrée émulation dans cette bande de doux dingues !

 

Finalement, à ma grande surprise, il semble que le Maire de Tavagnasco avait choisi, comme temps de passage secret dans sa commune pour la catégorie " top runners ", six heures. Etant le premier coureur à passer après ce chrono, j'ai donc le plaisir d'être appelé par Enzo pour recevoir, des mains de l'adjoint aux sports de cette commune, un magnifique trophée de ce premier Gran Premio delle Regioni Piemonti e Valle d'Aosta. Il me rend bien plus heureux que la plupart des quelques coupes que j'ai pu obtenir au fil de ces cinq années de pratique.

 

 

Au final, je termine donc ce premier cent kilomètres dans le temps officiel de 9h27'49'', à la douzième place au scratch et, comme indiqué depuis sur le classement officiel, troisième Senior Homme.

 

 

Merci à Jérôme de m'avoir incité à prendre le départ, à Enzo et tout Giro Italia Run pour avoir organisé cette belle épreuve, et à tous les amis pour le soutien reçu avant, pendant et surtout après la course.

 

 

2006-05-22 21:26:11 : CR des 12 heures de Bures sur Yvette - 21-05-2006 - 46 photos - 10 réactions

Le jour le plus long...

C'est très, très long. Désolé...

Dimanche 22 mai 2005 – 05h00 : je trottine tranquillement, avec Francis Soniak (un collègue JDM blessé lui aussi), en queue de peloton des vaillants coureurs partis pour tourner, pour certains, 12 heures autour du bassin de retenue de l’Yvette à Bures. En effet, deux semaines auparavant, mes espoirs de tout jeune coureur de courir, sur ce circuit que je connais bien, et avec tous mes amis du JDM, la distance du Marathon, s’était effondré pour cause de boulimie d’entraînement (fracture de fatigue du tibia consécutive à une augmentation trop brutale de la charge d’entraînement – j’étais effectivement passé de 0 à 90 km par semaine en trois mois…). Bilan, trois mois d’arrêt total de la course à pied, et de sérieux doutes quant à la suite.
Heureusement, l’appel de la course a été le plus fort, y compris le jour même où j’avais (ne le répétez pas à mon médecin), enchaîné deux autres tours, notamment un avec Gilles Montambaux (JDM également, et lui aussi blessé, mais pour une fracture bien plus méchante).

Dimanche 21 mai 2006 – 03h15 : le réveil sonne, et je prends le petit déjeuner du condamné (le dernier de ma vie d’avant les 12 heures ?), avant de me doucher et me faire tout beau (mazette, c’est qu’on annonce du beau monde autour du bassin aujourd’hui ! : la plupart des coureurs et amis du JDM seront là sous les couleurs de l’USBY Nature, l’Electron et le raton-laveur, du Zoo, également, DanL, d’ADDM doit faire son baptème de l’ultra et Delphine (guest star), LINDA, Neo et LeSanglier, de courseapied.net, ont annoncé leur venue, avec des objectifs variés. Si l’on ajoute à cela les inénarrables UFOs et la cohorte de coureurs de l’AFCF-IDF, on ne risque pas de s’ennuyer, même si le temps annoncé unanimement par les météorologues est plus que maussade.

En tout cas, après avoir joué au Malade Imaginaire la semaine précédente, je me sens parfaitement d’attaque, malgré la fatigue accumulée dans la semaine. Musculairement, les deux dernières semaines, très légères, m’ont vraisemblablement permis d’effacer les traces du Marathon de Paris et de La Farouch’ courus en avril.
J’enfile ma tenue du Marathon de Paris, et, comme à toutes les courses depuis, mon GPS Forerunner 205 et mon cardio Polar S710i. Je prends également une casquette, qui pourra me protéger de la pluie annoncée et, qui sait, d’une éventuelle visite impromptue du soleil.

Nous partons avec mon père vers 4h30, et arrivons devant des stands où s’affairent déjà organisateurs et bénévoles (Papy Turoom est au micro, tandis que Jean-Jacques Weil a dégainé son appareil photo, et que Marc Bourreau gère les inscriptions), et récupérons nos dossards : 23 pour moi, et 30 pour Papa. Objectif du jour : 38 tours, soit 100 km... et 16 mètres. Tout tour supplémentaire serait un superbe bonus, et tout tour manquant une petite déception.

Un petit coucou aux visages déjà connus (Dominique Fayoux, Frédérique Lecoanet, Frédéric Orsoni, Anne-Marie Montambaux, Philippe Janin, Philippe Fuchs (notre coach du mercredi soir), Francis Soniak, Roger Reynaud, Elizabeth Sebileau et Etienne Messier, Monique Tranvouez, Jean-François Boissonneau (Atomic JF), Jean-Luc Doignon du GAG qui nous fait le plaisir de courir sous les couleurs USBY Nature, Marcelle Boissonnet, V3F qui continue à figurer dans les classements de nombreuses courses locales, Anne Segal et Dan Masson (de l’ASCN comme moi), ainsi que Claude Hardel et Christine Bodet venus, comme l’an dernier, récupérer une semaine après les 48 heures de Surgères, où Christine a encore amélioré son record personnel et le record de France de sa catégorie…). J’aperçois également quelques UFOs, donc Koline et Gégé, qui s’étaient distinguées l’an dernier. Pas de trace en revanche de l’Electron ou du raton-laveur, ni de DanL (que je ne connais que par une photo) ou Neo (que je ne connais que par ces trois lettres). Bah, en douze heures, on finira bien par se rencontrer…

Dimanche 21 mai 2006 – 05h00 : c’est parti, une soixantaine de coureurs s’élancent, dans le sens anti-horaire, sur le circuit de 2,632 km qui longe le bassin : d’abord le côté nord, largement arboré, au relief légèrement accidenté par des petits cailloux et des racines proéminentes. C’est sur ce côté que se trouve "la" difficulté du parcours : une côte d’environ 1,5 mètre de long et autant de haut, qui mène à une bouche d’égout. On traverse ensuite un passage sur terre meuble très boisé, avant de rejoindre le petit pont à l’extrémité du parcours. On rejoint enfin, après un nouveau passage terreux encombré de vilaines racines (l’une d’elles a fait tomber Christine, et a failli me faire choir également), la partie sud du parcours, sur terrain stabilisé et nettement plus roulant, qui nous ramène vers la ligne de départ/arrivée et le stand de ravitaillement.

J’effectue les premiers tours avec Christine : en plus d’être une véritable championne, notre coéquipière du Raid 28 est vraiment adorable, toujours très chaleureuse et attentive aux autres. Elle m’annonce "sa" bonne nouvelle de la semaine : elle a eu son affectation dans une école de Vauhallan, ce qui lui évitera à l’avenir de multiplier les allers-retours Bordeaux/Villiers le Bâcle pour retrouver Claude. Avec un peu de chance, ça lui évitera également des mauvaises surprises du type de celle qui l’a empêché de participer aux championnats du Monde de 24 heures à Taipei…

Nous retrouvons Papa, parti en tête, vers le 5ème tour. Je décide alors de le suivre un peu (après tout, il s’est déjà brillamment illustré sur ce circuit…). Nous tournons ainsi à 15 minutes au tour, soit environ 10 km/h, soit le rythme que je visais pour le début de la journée, afin de garder un maximum d’énergie sur toute la durée de la course. Le cardio reste d’ailleurs relativement bas, entre 145 et 155 bpm. Tout roule ! Enfin, tout roule pendant deux tours encore. Est-ce le pain d’épices maison que j’ai préparé la veille ? Toujours est-il que je commence à me sentir ballonné, et suis contraint de m’arrêter au stand dès la fin du 8ème tour.

J’accélère pour reprendre la foulée du paternel, et nous repartons sur son rythme. C’est à peu près à ce moment là que je vais enfin tomber sur le raton-laveur, qui n’a pas l’air d’avoir la grosse pêche (en fait, il souffre de très gros problèmes gastriques, qui vont le contraindre à abandonner au bout de quelques heures. Pas glop…). Je retrouve également Dan et Anne, cette dernière, peu matinale, étant visiblement en manque de café… En tout cas, c’est la deuxième fois qu’ils viennent courir à Bures, en se rangeant aimablement sous la bannière USBY-Nature, et la présence de cette collègue de boulot et de son ami me ravit toujours.

Je m’apprête à demander à tous les UFOs que je dépasse s’ils connaissent un certain "Neo", voire un "DanL" (sait-on jamais), quand Philippe Janin m’interpelle :
- Lui : "Tiens, Cédric, tu as changé de T-Shirt ?
- Moi : Non, pourquoi ?
- Lui : Ah, zut, j’ai dit à quelqu’un qui cherchait L’Castor Junior que tu étais habillé en orange…
- Moi : Non, non, je reste très vert. L’orange est réservé à la fusée qui m’a déjà doublé une ou deux fois ;-o)"
Ah, il va donc bien falloir que je trouve mes amis que je ne connais pas, parce qu’eux ne sont pas près de me trouver ;-o)

Au 16ème tour, pour fêter le passage du marathon en 4h10’, je m’octroie une nouvelle pause-sanisette, en espérant cependant ne pas avoir à multiplier davantage ce genre d’arrêts. Quelques minutes plus tard (eh oui, je ne suis pas rapide…), je repars sur le circuit, mais mon père a définitivement pris la poudre d’escampette. Pas grave, après son trail de 55 km la semaine précédente, le diesel finira bien par lâcher ;-o). En attendant, je continue mon petit bonhomme de chemin, à un train de sénateur qui a le mérite de ne pas affoler le palpitant. Et dire qu’il y a 18 mois, je n’avais jamais couru… Si on m’avait dit que courir à 10 km/h serait un jour si facile pour moi… Enfin, ne nous emballons pas, il reste tout de même près de 8 h à courir…

Je maintiens mon rythme d’alimentation habituel, à savoir un peu d’eau ou de coca tous les quarts d’heure, et une portion de solide toutes les 1h15/1h30. Merveilleux, ça correspond pile à respectivement un et cinq tours de circuit. Facile !

Je rencontre l’Electron qui me détaille sa stratégie du jour : en vue de Millau 2006, la particule qui, comme moi, affectionne particulièrement le long et lent, idéalement interrompu par la recherche de balises, veut travailler à nouveau la vitesse, et essaie donc d’alterner quatre tours en courant sans interruption, avec un ou plusieurs tours très cool, voire des arrêts prolongés. Autre point commun entre lui et moi, nous avons tout les deux des pères coureurs (le sien l’a fait traîner ses guêtres sur la piste au SO Houilles, le mien a été moins persuasif, mais pas avare en gènes…).

Je l’abandonne à la fin de son tour de course, et repars seul, au milieu de tous les coureurs. A chaque fois que je dépasse mes amis du JDM, je suis encouragé comme ce n’est pas permis, et ça fait un bien fou. Elisabeth, Monique, Jean-Yves, Sébastien, Etienne, Alain, Lucille plus tard, ou Amid (que j’avais pris d’abord pour Mohamed Maghroun, dont Claude m’avait annoncé la venue finalement démentie) ont tous été de très précieux soutiens.

En demandant à un UFO s’il connaît un certain "Neo", j’ai le plaisir de l’entendre répondre : "Oui, c’est moi". Bingo ! Je n’aurai pas eu à chercher trop longtemps. La rencontre est sympathique, quoiqu’un peu brève car ledit Neo a tout de même couru les 6 jours d’Antibes début mai, et ses objectifs du jour sont plus modestes.

Un peu plus loin, après avoir passé Jano la trace, le traceur du Raid 28 (ne le répétez pas à Catherine, sa femme, elle ne sait pas qu’il court ;-o) ), je rencontre un coureur que j’aurais dû reconnaître bien plus tôt : DanL, qui arbore le dossard 24, signe que nous nous sommes frôlés au retrait des dossards quelques heures auparavant. Il est lui aussi un personnage éminemment sympathique, et nous faisons quelques kilomètres ensemble.

Pendant ce temps, à chaque passage sous l’arche de départ/arrivée, les pointeurs notent scrupuleusement le numéro des dossards de tous les coureurs, depuis les enfants qui commencent à affluer avec leurs parents coureurs ou marcheurs du dimanche, jusqu’aux UFO venus pour avaler des kilomètres. Claude Hardel notamment aura passé une grande partie de la journée à ce poste, comme quoi l’on peut courir (et de quelle manière !) et savoir aussi passer de l’autre côté de la barrière de temps en temps. Chapeau ! Yvon Pénarguéar, Anne-Marie et quelques amis de Turoom occuperont également ce poste sensible.

A 11h00, après 6 heures de course, je franchis les 60,5 km, ce qui constitue la plus grande distance que j’aie jamais courue, Raid 28 excepté. Le temps mis pour boucler chaque tour augmente légèrement depuis le départ : de 15’ voire moins vers 6h00, il va passer à 17’ dans l’après-midi. Mais le moral reste bon, et je réalise que les 100 km étaient peut-être un objectif un petit peu pessimiste. N’empêche, je rentre réellement dans l’inconnu désormais.
Yves Langard, qui a reçu de son médecin la même interdiction que moi l’an dernier, vient m’encourager en faisant un tour de circuit, en VTT, à mes côtés. C’est lui également qui m’indiquera mon classement : 6ème au bout de quatre ou cinq heures de course, sachant que Claude Hardel et Jean-Luc Doignon ont arrêté de courir dans ces eaux-là, et qu’ils étaient devant.

Marianne Clar et Alain Marty, du GAG, accompagnés de leur chien tout mignon, continuent à courir, et sont toujours extrêmement sympathiques à chaque passage. Les coureurs des autres associations buressoises, de l’UFO, et les cohortes de membres de l’AFCF-IDF sont eux aussi toujours très cordiaux, et jamais avares de mots gentils. Je dépasse un moment celui qui sera finalement mon "dauphin" sur le podium Senior 1 : Willy Marchal, très sympa également, qui court avec un de ses amis qui a choisi de courir… pieds nus. Pourquoi pas ? Entendant ledit ami expliquer à Willy qu’il était premier de sa catégorie, je me permets de dire à ce dernier, sur le ton de la plaisanterie bien sûr, qu’il lui faudra d’abord me marcher sur le corps ;-o). En tout cas, chapeau l’ami, car tu m’as l’air d’être particulièrement jeune.

Pendant ce temps, d’autres visages connus ont fait leur apparition sur notre terrain de jeu : le soleil d’abord (ah, que j’apprécie d’avoir la casquette), Chantal Reynaud et la Orsoni’s Family (Sabine, Antoine, Louis et Damien, ces deux derniers réalisant un nombre de tour équivalent à leur âge : le semi marathon pour Louis, 8 ans, et plus de 18 kilomètres pour Damien, 7 ans) du JDM, mais aussi, du forum courseapied.net, Tata Linda et Delphine, accompagnées de Séverine et Catherine, ainsi que de Jafangie en escorte de choc. Linda va faire une incursion remarquée dans le monde de l’ultra. Bravo Tata !!! Merci en tout cas pour les encouragements à chaque passage, même lorsque je n’étais plus très lucides pour les calculs de vitesse relative ;-o)

J’ai fait quelques tours également avec Jean-Luc Gardeau, qui aura bouclé son semi marathon tranquillement. Nous avons parlé de sport et d’autres centres d’intérêt communs, et ce fut un plaisir. Sur la fin du parcours, je ferai également quelques mètres avec David Ros, avec qui nous avons également des centres d’intérêt totalement extra sportifs.

Les UFO que j’avais vu se distinguer brillamment l’an dernier sont eux aussi des points de repère dans cette nuée de coureurs et marcheurs qui enfle avec le retour des éclaircie. Je suis sincèrement triste pour l’accident bête (mais les accidents ne sont-ils pas toujours bêtes ?) qui vaut au Sanglier d’avoir le pied gauche en carafe. Manu, tu vaux évidemment mieux que cela, et j’aurai plaisir l’an prochain à te courir après, tel Obélix à la recherche de son festin ;-o). En tout cas, l’esprit UFO a fonctionné, puisque l’animal a malgré tout aligné 18 tours dans la journée, soit 47,376 km, et il a toujours eu un mot ou un regard amical à chaque fois que je l’ai croisé, qu’il soit arrêté ou en train de courir.
Koline et Gégé sont toujours aussi agréables : toujours un sourire et de la bonne humeur qui rayonne à plusieurs mètres à la ronde, et qui semble attirer tout particulièrement les particules chargées d’électricité ;-o).

Mes amis du JDM continuent eux aussi leur petit bonhomme de chemin. Jean-François, V3 reclassé par les hasards de l’informatique parmi les V2, ne ménage pas sa peine pour autant. Il continue, comme à son habitude, à jouer le rôle de reporter photo en pleine course, sans jamais manquer d’encourager les autres concurrents. Roger, Dominique et Frédéric continuent leur quête des 100 kilomètres, ou en tout cas du double marathon, tandis que Marc et Philippe Janin s’aventurent (mais ils y sont habitués) au delà du marathon, et qu’Alain pénètre pour la première fois ce monde à part, sans être même passé par la case marathon auparavant.

Une présence va me faire énormément plaisir dans la fin de l’après midi : celle de Christophe et Marie Laborie. Christophe, qui a brillamment remporté les 6 jours d’Antibes, était le poinçonneur redoutablement efficace de notre équipe La Parfaite Lumière lors du Raid 28, équipe dans laquelle figuraient, en plus de Stéphane qui n’a jamais couru les douze heures, plusieurs vainqueurs, au scratch ou dans leurs catégories respectives, de l’épreuve : Claude, Christine et Papa. Afin de me permettre d’être à la hauteur de mes coéquipiers, Christophe va, sur les dernières heures de course, me donner plein de petits conseils avisés, et faciliter au maximum mes ravitaillements, en me gardant mon sandwich et ma bouteille d’eau minérale de côté. J’ai compris l’intérêt que pouvait avoir, sur de telles courses, la présence d’un assistant qui permette de se dégager de toutes sortes de contingences pour se concentrer uniquement sur la course.

Je dois avouer aussi que la confiance que je lisais dans son regard me confirmait ce que je ressentais au fond de moi, et que le chronomètre indiquait : je restais plutôt "frais" (comme un gardon ?) et régulier, ce qui m’a permis de reprendre un tour aux deux coureurs qui me précédaient. La chaleur et la fatigue faisaient leur œuvre malgré tout, et je dois reconnaître qu’il me tardait presque de voir arriver l’heure fatidique. J’avais franchi les 100 kilomètres en moins de 10h15, et le pari était donc largement rempli. J’ai donc terminé mon 44ème tour, en me frayant tant bien que mal un passage au milieu de la mer rouge de l’AFCF-IDF, en 11h51 minutes, sous l’acclamation de mes fans du jour (merci les filles), et avec le sourire dont je ne crois pas m’être départi de toute la journée. Cécile Martin, excellente coureuse giffoise du VRC, qui m’a doublé en fin de parcours (elle n’a fait que 4 tours, mais à vitesse grand V), me félicite et me croit à peine lorsque je lui décris les grandes lignes de ma venue au sport. Je suis ravi en tout cas d’avoir fait sa connaissance.

Quelques instants plus tard, Christine en finissait également, et nous nous sommes tombés dans les bras, épuisés bien sûr, mais fiers et heureux l’un de l’autre. Papa, qui en terminait quelques minutes plus tard, permettait à l’équipe du Raid 28 d’assurer une présence forte aux premières places du classement général : un tir groupé de la 3ème à la 5ème place, que Claude et Christophe auraient certainement pu prolonger s’ils avaient pu courir avec leurs capacités pleines et entières.

Les deux UFO qui ont remporté l’épreuve l’ont fait de la plus belle manière, sans conteste. Ils étaient vraiment les plus forts aujourd’hui. Sylvain, notamment, m’a vraiment fait l’effet d’une fusée pendant toute la course. J’en veux bien sûr à Frédéric, à qui l’on doit la brillante prestation de Christian, son collègue qu’il a convaincu de venir à Bures, mais je saurai être magnanime ;-o).

Au classement par équipes, la déferlante AFCF-IDF ne nous a laissé aucune chance de conserver le trophée à Bures, et la grande forme globale des UFO nous relègue de toute façon sur la troisième marche. A charge de revanche pour l’année prochaine ;-o)

La remise des prix, effectuée sous la pluie comme à l’habitude à Bures, me permet, pour la première fois de ma vie, de monter sur un podium à titre individuel (après la belle troisième place du Raid 28), et c’est pour moi un véritable choc, moins de dix-huit mois après avoir retourné ma veste et mis fin à une jeunesse entièrement sédentaire et sans la moindre pratique sportive. Je suis particulièrement fier et heureux lorsque Anne-Marie, la présidente du JDM, me remet la coupe de 1er Senior 1 (facile, c’est pour les moins de trente ans !), et me félicite chaleureusement. Lorsque Papy Turoom me demande de dire deux mots, je ne peux m’empêcher de remercier avant tout mon père, qui m’a montré le chemin (et même au sens littéral du terme aujourd’hui puisqu’il a toujours été devant moi pendant les douze heures). Merci Papa ! Il me répondra lorsqu’il recevra la même coupe au titre de sa victoire chez les V2.

DanL et Delphine se joignent aux photographes pour immortaliser ces instants, et je leur en suis réellement reconnaissant. Vivement les prochaines courses où nous pourrons nous retrouver, avec d’autres (n’est-ce pas Linda ?). Tous mes collègues du JDM, dont Yves, qui est revenu sur le site dans l’après-midi, me félicitent, et je leur dois beaucoup, car c’est grâce à l’ambiance très particulière du JDM que j’ai pu me lancer assidûment dans la pratique de la course à pied, en y trouvant sans cesse de nombreuses sources de satisfaction.

Evidemment, les jambes commencent à tirer, et le coup de pied gauche ma fait mal (j’avais pourtant desserré la chaussure pendant la journée). Mais le sentiment qui domine en mon for intérieur est bel et bien cette joie intense : j’ai couru douze heures sans interruption hormis aux ravitaillements, et franchi une nouvelle étape dans ma vie de coureur à pied, celle des cent kilomètres et au delà, et c’est une victoire insensée sur moi-même.

Merci à tous de m’avoir lu jusqu’ici, et de faire que chaque jour l’envie de courir soit toujours plus forte. Enfin, chaque jour à partir de la semaine prochaine ou de la suivante ;-o)

Comme d’habitude, les graphiques de la course sont disponibles sur Kikouroù, en cliquant sur la courbe ci-dessous. Pour info, une bonne surprise, accessoire bien sûr mais tout de même importante pour des épreuves longues comme celle-ci, mon Forerunner 205, dont l’autonomie est annoncée à 10h00, a bel et bien enregistré toutes les informations de mes quasiment douze heures de course. Certes, l’utilité d’un GPS sur une course horaire n’est pas démontré, mais c’est bon à savoir ;-o)

L’Castor Junior

PS : merci Alain (via Anne-Marie), DanL et Delphine pour les photos


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