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2009-11-06 05:15:52 : Everest Lafuma Sky Race IV : départ pour Kathmandu dans 6 heures... - 0 photo - 6 réactions

Salut,

Le sac est prêt (enfin !), la gorge toujours un peu prise (tant pis), mais l'envie de prendre de la distance et de la hauteur est plus présente que jamais (heureusement).

Décollage de Roissy dans six heures pour une arrivée à Kathmandu prévue demain matin samedi, heure locale.

Ensuite, vol Yéti Airlines vers Lukla, et début de la course lundi : 250 km à crapahuter dans le parc naturel de Sagarmatha.

Deux semaines dans un monde à part, sans téléphone ni internet. Un vrai ressourcement.

Voici le programme des réjouissances :


Everest Lafuma Sky Race 2009


Le parcours coureurs et marcheurs et les dix étapes *

(* sous réserves de validation par Pure Gurung, le directeur de course et

de modifications suivant le déroulement de la course et les conditions météorologiques)

Jour 1. 06-11 Départ de Paris (50) ou de son pays d’origine pour le Népal.

Jour 2. 07-11 Arrivée à Kathmandu (1.350).

Jour 3. 08-11 Kathmandu (1.350) – Lukla (2.800) par avion.

Marche d’acclimatation à Lukla (2.800) le long de l’Handi Khola jusqu’à 3.000 m. Retour à Lukla.

Conditionnement du sac ravitaillement de l’étape 9, ontrôle médical et contrôle des sacs à Lukla



Jour 4. 09-11 Etape 1 : Lukla (2.800) – Surkhe (2.290) – Monjo (2.870).

Point de contrôle Surkhe (2.870) ; Pénalité : 2 h.


Jour 5. 10-11 Etape 2 : Monjo (2.870) – Sanasa (3.600) – Namche (3.440).

Points de contrôle Sanasa (3.600). Pén : 4 h. Khumjung (3.750) Pén : 2 h.


Jour 6. 11-11 Marche d’acclimatation Namche (3.440) – Mong La (3.970) – Phortse (3.800). 4 h rajoutées au chrono.


Jour 7. 12-11 Etape 3 : Phortse (3.800) – Machhermo (4.470) – Na La (4.550) – Phortse (3.800) – Pangboche (4.250).

Points de contrôle Machhermo (4.470). Pén : 6 h. Na La (4.550) Pén : 4 h.


Jour 8. 13-11 Etape 4 : Pangboche (4.250) – Amadablam B.C. (4.700) – Pheriche (4.280).

Point de contrôle Amadablam Base Camp (4.700). Pén : 6 h.

Jour 9. 14-11 Etape 5 : Pheriche (4.280) – Chhukung (4.730) – Chhukung Ri (5.450) – Pheriche (4.280).

Partie 1. Marche de liaison et d’acclimatation Pheriche – Chhukung Ri. 4 h rajoutées au chrono.

Partie 2. Chhukung Ri (5.450) – Pheriche (4.280) en contre-la-montre chrono.

Point de contrôle Chhukung Ri (5.450). Pén : 10 h.


Jour 10. 15-11 Etape 6 : Pheriche (4.280) – Everest BC (5.370) – Kala Pattar (5.540) – Dughla (4.600).

Partie 1. Marche de liaison de nuit Pheriche – Dughla. 1 h rajoutée au chrono.

Partie 2. Dughla (4.600) – Everest Base Camp (5.370) – Kala Pattar (5.540) – Dughla (4.600).

Points de contrôle Everest BC (5.370). Pén : 6 h. Kala Pattar (5.540). Pén : 6 h.


Jour 11. 16-11 Etape 7  : Dughla (4.600) – Cho La (5.420) – Dragnak (4.640) – Gokyo Ri (5.350).

Point de contrôle Gokyo Ri (5.350). Pén : 6 h.

Marche de liaison Gokyo Ri – Gokyo Village (4.750). (30’ rajouté au chrono).

Jour 12. 17-11 Etape 8 : Gokyo Village (4.750) – Renjo La (5.340) – Renjo Phedi Lake (4.830) – Llunag (5.070)

Point de contrôle Khusum (4.350 m).

Nuit sous une grande tente tibétaine montée par l’organisation. Matelas et réchaud Base Camp.

Nourriture lyophilisée, gamelle et trois repas fournie par les coureurs et transportée par Base Camp.

Cette nourriture et la gamelle seront conditionnés à Lukla (jour 3) dans un sac personnel d’une capacité

de 3 litres fourni par l’organisation. Il lui sera remis lors du contrôle médical.


Jour 13. 18-11 Etape 9 : Llunag (5.090) – Nangpa La (5.716) – Langden (4.340).

Partie 1. Marche de liaison Llunag – Nangpa Glacier (5.150 m) : 1er poste de contrôle, retour à Langden.

Départ partie chronométrée à partir du Nangpa Glacier. En cas de retour à Langden. Pén : 10 h.

Partie 2. Nangpa Glacier – Dzasampa (5.270) : 2e poste de contrôle, retour à Langden. Pén : 7 h.

Partie 3. Dzasampa (5.270) – Nangpa La (5.716) – Langden (4.340).

Cette étape au départ de Llunag se fait avec l’équipement obligatoire.

Lors du retour à Llunag, le coureur récupère le reste de son équipement (le chrono ne s’arrête pas).

Puis, il refait son sac et poursuit sa route jusqu’à Langden, arrivée de l’étape.


Jour 14. 19-11 Etape 10 : Langden (4.340) – Thame (3.800) – Namche (3.440).

Arrivée de l’Everest Lafuma Sky Race 2009. Proclamation des résultats et dîner de gala.

Jour 15. 20-11 Marche de liaison Namche (3.440) – Lukla (2.800).

Pour ceux qui enchaîne avec le sommet, c’est un jour de repos.

Jour 17. 21-11 Lukla (2.800) – Kathmandu (1.350) par avion.

Remise des récompenses à l’Hôtel Manaslu.

Jour 18. 22-11 Journée libre à Katmandu.


Jour 18. 23-11 Départ de Kathmandu et arrivée à Paris ou dans son pays d’origine.

Pour ceux et celles qui sont restés une semaine supplémentaires pour faire le sommet,

le retour est prévu le 30 novembre.

 

Nous serons une vingtaine au départ :

 

Num

Nepali

Prénom et Nom

Sex

Age

 

1

eck

Le dossard 1 n’est plus attribué sur l’Everest Sky Race en souvenir de Sumba Sherpa, vainqueur en 2003

2

douï

Jorbir Khaling Rai

M

26

 

3

tine

Dipak Raj Rai

M


 

4

tchar

Bhimsen Awale

M

36

 

5

pantche

Jaganath Bista

M

32

 

6

tcha

Lakpa Diki Sherpa

F

22

 

7

sate

Pascal Beaury Sherpa

M

57

 

8

athe

Dawa Yangzum Sherpa

F

19

 

9

nau

Christophe Doucet



 

10

dasse

Amerigo Puntelli

M

47

 

11

egara

Ludovic Chorgnon

M

42

 

12

bara

Frédéric Doyen



 

14

tchauda

Cédric Charvin

M

32

 

15

pandra

Christophe Sergé



 

16

sora

Eliseo Bertuccelli



 

17

satra

Jean-Marc Wojcik

M

51

 

18

athara

Virginie Duterme

F

35

 

19

ounaïs

Philippe Pias

M

53

 

20

bisse

Marie Sergé

F

58

 

31

ecktisse

Robin Meyer

M

45

 

32

batisse

Maryse Dupré

F

58

 

 

Un suivi sera peut-être mis en place sur le site de Base Camp : http://www.basecamptrek.com/french/trails-nepal-vtt.php

Namasté 

2008-07-21 10:19:36 : Courir tranquille : le chemin vers le bonheur ? - CR du Gran Trail Valdigne - 12-07-2008 - Courmayeur (Italie) - 45 photos - 16 réactions

Comme toujours, le récit est disponible avec les photos ordonnées sur Kikouroù : http://www.kikourou.net/recits/recit-5856-gran_trail_valdigne-2008-par-l_castor_junior.html

Le contexte

7 mars 2008 : je m'inscris, par Internet, à la deuxième édition du Gran Trail Valdigne, qui doit avoir lieu les 11 et 12 juillet de la même année.


Certes, cela tombe un peu tôt (deux semaines) après les 178 km du Raid du Golfe du Morbihan, mais l'envie de retourner trottiner en montagne, dans une région que l'on décrit magnifique par delà le Mont Blanc, l'emporte finalement, d'autant que quelques amis kikoureurs prévoient également d'y participer, parmi lesquels Jérôme, coéquipier pour le Challenge Karleskind sur l'UTMB, et qui a décidé de prendre sa revanche après une édition 2007 ou la canicule l'avait contraint à l'abandon.


C'est d'ailleurs Jérôme, qui connaît bien le coin pour s'y entraîner régulièrement avec ses amis des Courmayeur Trailers, qui me propose d'organiser le weekend sur place, et notamment l'hébergement pour la veille de la course et, je l'espère, une bonne partie de la nuit du samedi au dimanche.


Je n'ai donc plus qu'à réserver un aller-retour Paris/Turin et à me laisser prendre en charge par Jérôme et sa jolie Kangoo. Dans de telles conditions de confort, aucune excuse ne pourra justifier la moindre contre-performance.


Ah, si. Il reste tout de même cette histoire des 178 km courus deux semaines auparavant. En effet, même si le Raid du Golfe du Morbihan a été, au plan sportif, un succès d'autant plus inattendu qu'il n'était même pas espéré, il a néanmoins laissé quelques traces, à commencer par une douleur, inédite pour moi, aux deux cuisses, que mon ami Olivier91, transpyrénéen en herbe, avait identifié comme une tendinite du fascia lata.


Ces douleurs ressenties, pendant toute une semaine, à chaque flexion de la jambe, seraient donc le symptôme de cet épouvantail du coureur à pied ? Bigre. On a connu des nouvelles plus heureuses. Certes, ça me changerait de mes fractures de fatigue à répétition, mais la perspective de me retrouver avec une douleur chronique ne m'enthousiasme vraiment guère.


Malgré un traitement rapide et, a priori, efficace, au Flector Tissugel, je préfère tout de même jouer la carte de la sagesse (si si...) et envoie un mail le lundi avant la course à l'organisateur pour demander à basculer du grand parcours (87 km et 5100 m de D+ annoncés) sur le « petit » (45 km et 2400 m de D+).

L'avant-course

C'est donc le coeur léger que je m'envole vendredi en fin de matinée pour Turin, et rejoins Courmayeur avec mon GO du weekend, les cheveux au vent, du moins jusqu'à ce qu'un petit orage, annonciateur des réjouissances des jours à venir, nous contraigne à rouler « couverts ».


L'arrivée à Courmayeur, comme à chaque fois que j'approche du Mont Blanc, m'effraie et me réjouit à la fois. La perspective d'évoluer dans ce terrain de jeu gigantesque et parfois sauvage, jamais sans risque, ne laisse pas indifférent. Les nuages, menaçants, renforcent ce sentiment d'infériorité face à la montagne qui s'étend tout autour de cette vallée d'Aoste, région autonome où le Français est encore une langue officielle depuis le rattachement à l'Italie en 1860, comme en témoignent les noms de la plupart des localités.


Jérôme, qui maîtrise l'Italien couramment, s'en soucie peu, mais j'apprécie d'avoir ce petit confort supplémentaire, qui facilitera le contact avec tous les bénévoles et spectateurs tout au long du weekend. Ca peut paraître anodin, mais pour moi qui m'apprête à courir mon premier ultra dans un environnement non francophone ou anglophone, c'est à ranger au rayon des petis plus bien appréciables.


Après avoir déposé nos bagages à l'hôtel, Jérôme et moi filons vers la centre sportif de Dolonne, où se déroule le retrait des dossards. C'est la troisième fois que je me rends dans ce lieu, après le départ du Courmayeur-Champex-Chamonix (CCC) 2006 et mon passage matinal sur l'UTMB 2007, qui m'avait valu d'être immortalisé sur le DVD de la course, à cause, ou grâce, déjà, à de charmantes bénévoles italiennes et à mon « moral » d'acier.

Nous faisons la connaissance de plusieurs amis de Jérôme, parmi lesquels Gilles, un Français installé à Milan depuis une dizaine d'années, qui accompagne son copain Marco, Silvio et Giorgio, ainsi que des organisateurs des Courmayeur Trailers, comme Enrico. Jérôme retrouve également Enrico Bartolini, vainqueur des 24 heures de la No Finish Line 2007, membre de l'équipe d'Italie de 24 heures, et meilleur performer italien aux Championnats du Monde de Drummondville en 2007 au Canada.


Lorsque je me présente au retrait des dossards, c'est la douche froide, à laquelle je ne m'étais pas sérieusement préparé : l'organisation, qui n'a pas reçu ma demande de changement de parcours, ne peut me faire partir que sur le 87 km, les bases informatiques ayant été totalement figées la veille. Jérôme aura beau plaider ma cause auprès d'Enrico, il n'y aura pas moyen de changer de dossard, ce que je comprends sans peine au regard des contraintes que représente l'organisation d'une telle course.


Je suis donc confronté à une alternative simple : passer le weekend côté bénévoles, en essayant de me rendre utile à l'organisation, ou prendre le départ vaille que vaille, en mettant le clignotant au moindre signe de faiblesse. Jérôme m'encourage dans cette seconde voie, en insistant sur le fait qu'arrivé à Morgex, au ravitaillement de mi-parcours, après 45 km de course, je ne serai plus qu'à une dizaine de kilomètres, par la route, de Courmayeur.


Allez, c'est décidé, je me lancerai donc sur le grand parcours, perspective que j'avais évacuée un peu trop vite de mon esprit depuis quelques jours, mais qui était certainement dessinée dès le mois de mars...


Nous récupérons le dossard et le bracelet qui abrite la puce de pointage, ainsi qu'un magnifique tee-shirt Helly Hansen brodé du logo de la course et de celui des Courmayeur Trailers et un gobelet en aluminium destiné à remplacer, aux ravitaillements, les éternels gobelets en plastique, présumés trop polluants. Je crois que l'idée avait déjà été expérimentée sur l'Eco Trail de Sommand (c'était en fait aux Aiguilles Rouges, merci Serge), et j'avoue la trouver excellente. J'utiliserai d'ailleurs certainement ce souvenir du Gran Trail Valdigne sur d'autres courses à venir.


Nous retournons déposer ces affaires à l'hôtel, où nous commençons à préparer nos sacs de course. Jérôme partira avec son sac ultra-léger Camp, équipé de deux bouteilles avec pipettes, tandis que je reprendrai mon bon vieux Lafuma Active Trail de 11 litres, avec une plus classique poche à eau.


De retour au centre sportif, nous croisons tatamix1972, puis retrouvons, autour d'un très agréable plat de pâtes (ah, les Italiens savent y faire...), Gilles et Marco. Nous tendons l'oreille lors du briefing, prononcé, c'est à noter, en Italien, Français et Anglais. Après la présentation du balisage (de petits fanions rouges siglés GTV dans les zones naturelles, et de la peinture au sol dans les zones urbanisées), c'est surtout les dernières informations météorologiques qui captent l'attention des coureurs présents.

Comme on pouvait le redouter, la journée de samedi s'annonce perturbée, avec des « precipitazioni intermittenti » qui pourraient se manifester dès la nuit à venir, ce qui n'augure que d'un terrain très gras et de températures potentiellement très faibles pour la saison. Pas de doute, la montagne est un environnement particulier, qui ne se laisse pas dominer si facilement.


C'est donc sous la pluie que nous regagnons l'hôtel, où, avant de nous coucher, nous nous offrons une bière bienvenue. Silvio, qui avait prévu de dormir au camping, a finalement trouvé un autre trailer qui lui a proposé de partager sa chambrée... dans notre hôtel. Les deux amis se joindront donc à nous autour de ce doux breuvage.

Après une bonne nuit, nous nous réveillons devant un ciel bien terne, avec des montagnes presque totalement masquées par une brume bien dense. Pendant que je prends une douche bien utile au réveil musculaire, Jérôme part s'approvisionner en pain dans une boulangerie tenue par un Trailer de Courmayeur qui, pour pouvoir être au four dans la nuit de samedi à dimanche, s'est engagé sur le trail court. Cela nous permet de préparer quelques mini-sandwiches à ajouter au contenu du sac.

Pour ma part, ce sera donc, dans mon Lafuma, mon « phare » de spéléologie (la Petzl DuoBelt Led 14) et une plus simple Tikka+, accompagnée de piles de rechange, mon GPS Garmin eTrex Vista Hcx pour l'enregistrement du tracé, ma veste Arc'Téryx Alpha Lt en Gore-Tex, quelques barres de nougat et de céréales, quatre mini-sandwiches, le bracelet fluorescent obligatoire, ainsi que mon téléphone et mon appareil photo. Et, sur moi, en tenue de course, mon cuissard/short XA Raid Salomon, mon tee-shirt Kikouroù, la casquette assortie, les manchons cyclistes Raidlight/UFO, des chaussettes Diosaz Raid 500 et mes NB 921, déjà pas mal usées par l'Annapurna Mandala Trail, mais qui devraient tenir encore le coup.


Après un petit déjeuner peut-être pas assez copieux pour moi, nous rejoignons la zone de départ, à quelques dizaines de mètres de l'hôtel (quel luxe !). C'est là que nous retrouvons nos amis italiens, et surtout la plupart des kikoureurs présents sur le parcours : Bleau78, tatamix1972 et surtout piloumontagne, qui avait, comme moi, arpenté les chemins côtiers du Morbihan deux semaines auparavant, en s'imposant brillamment avec les Fondus d'Anjou sur le relais.


Nous passons au contrôle des puces, puis Jérôme parvient à obtenir un second gobelet personnel, l'anse du premier s'étant dévissée en route. Nous nous abritons quelques instants sous un portique, mais l'heure arrive de rejoindre la ligne de départ. Jérôme, qui a fait de cette course son objectif majeur de l'année avec l'UTMB, se glisse peu à peu à l'avant, et nous fait signe de le rejoindre. Mais, n'étant pas dans la même optique, notamment en raison de la coursette du Morbihan, piloumontagne et moi restons en retrait, avec Bleau78.


Courmayeur – Planaval : 18 km - 1527 m de D+ - 1001 m de D- - 3h15'32'' – 115ème


À 10h00, le départ est donné, et ça bouchonne franchement dans les rues de Courmayeur. Pas bien grave pour ce qui me concerne, mais j'espère bien sûr que Jérôme aura pu courir à son rythme. Je ne sais pas encore qu'il s'est permis, sur ces premiers hectomètres, de se mettre directement aux avant-postes de la course...

La montée au Col Liconi est très longue (1446 m d'une traite) et nombreux sont les coureurs qui ont pris, déjà, une belle avance lorsque nous pénétrons dans la forêt. J'apprécie la présence de piloumontagne et de Bleau78, dont j'ai l'impression marquée qu'ils accompagnent gentiment un vieillard arthritique, tant j'ai le sentiment de ne pas avancer.


Je les invite à plusieurs reprises à me laisser avancer à mon rythme bien lent, afin qu'ils puissent profiter de leur course, mais ils refusent et préfèrent m'escorter. Merci les gars pour votre soutien !


Peu à peu cependant, c'est Bleau78 qui se retrouve à la peine, et nous invite tous les deux à continuer sur un rythme pour le coup plus rapide. Cela me gêne, mais, devant son insistance, je file avec piloumontagne vers le sommet. C'est en chemin que nous faisons la connaissance d'un nouveau compère, nono5g, surnom choisi en référence à un concours de lancer de bigorneaux (si si). Ce Français, habitué du forum UTMB, porte d'ailleurs le même dossard que mon père sur le Raid du Golfe du Morbihan. Mes deux compagnons d'échappée me rappellent donc cette course qui avait été une si bonne surprise pour moi deux semaines auparavant.


Parvenus au col Liconi, nous profitons de la vue qui s'offre à nous pour une petite séance photos, avec le magnifique lac Liconi en contrebas. La plupart des coureurs sont assez chaudement couverts, humidité et air frais aidant, et je me décide enfin à retrousser mes manchons.

Le début de la descente est assez roulant, et nous filons tous les trois, doublant plusieurs coureurs au passage. piloumontagne, qui s'est arrêté pour nous prendre en photo puis pour une pause technique, restera ensuite en retrait, et parviendra au ravitaillement quelques instants après nous.

Je savoure pour ma part ces descentes où, du fait de mon niveau en régression en montée, je me retrouve souvent désormais avec des coureurs de moindre niveau général, qui sont bien moins nombreux à m'enrhumer dans les descentes. Disons que j'expérimente un effet ciseaux à l'envers : je progresse (un peu) et les coureurs autour de moi sont un peu moins bons que ceux avec qui j'évoluais parfois il y a deux ans.


Planaval – Morgex : 26 km (44 km cumulés) – 873 m de D+ (2400 m cumulés) – 1673 m de D- (2674 m cumulés) - 4h06'13'' (7h21'45'' cumulés) – 156ème – 133ème au scratch


Le père de piloumontagne nous attend au ravitaillement de Planaval, et s'avance pour nous prendre en photo au fond de la combe qui s'offre à nous sous un soleil presque brûlant, qui me fait regretter un instant de ne pas avoir pris de crème solaire.

La vue, une fois de plus, est magnifique, avec des prairies verdoyantes de part et d'autres d'un torrent fougueux qui berce nos oreilles d'une musique enivrante. Des fleurs, partout, de toutes les couleurs, nous saluent, et un odeur de Provence flotte dans l'air.

La montée vers le Col Serena est douce d'abord, puis devient franchement ardue sur la fin, tandis que les nuages, qui ne nous ont jamais totalement quittés, s'amoncellent de nouveau au dessus de nos têtes.

Nono5g me suit tranquillement, mais piloumontagne semble traîner la patte derrière. Je me retourne régulièrement pour surveiller sa progression, puis décide de continuer à monter à mon rythme pour éviter de ralentir les coureurs qui me poussent au train.


Arrivé au Col, je décide d'attendre l'arrivée de piloumontagne, tandis que Nono5g file vers le Col Fetita et le sommet du même nom. Il se passe bien cinq à sept minutes, le temps suffisant à une dizaine de coureurs pour me dépasser, avant que piloumontagne pointe le bout de son nez, le sourire toujours accroché au visage comme un talisman, mais les traits un peu tirés et les temps recouvertes de sel.

Le pauvre, en plus de la récupération de sa magnifique course entre Vannes et Sarzeau, a eu deux semaines chargées et compliquées au plan professionnel, qui ne lui ont guère laissé le temps de recharger convenablement les batteries. Mais, comme nous l'avions décidé entre nous dès les premiers lacets du Col Liconi, nous ferons tout pour terminer ensemble, et il est hors de question pour moi de le laisser sur place dans ces moments difficiles.


D'ailleurs, je dois avouer que le rythme, plutôt pépère, que nous suivons depuis le début de la course me convient plutôt. Je crois même que c'est la première fois, en course, que je me sens aussi nettement détaché de tout objectif, n'ayant pas même celui, habituellement le plus fort, de terminer le parcours.


L'idée que je pourrai, dès Morgex, mettre fin à l'aventure et regagner tranquillement l'arrivée, sans honte ni réelle déception, mais, au contraire, avec la perspective de pouvoir assister à l'arrivée de Jérôme, ainsi que le plaisir de partager cette balade alpine au milieu des herbes folles avec de sympathiques compagnons d'aventure, me rendent en effet extrêmement serein, et je vis les minutes passées à attendre piloumontagne comme une grande respiration, un intermède bienvenu dans cette progression un peu folle.


Nous reprenons la course à un petit train de sénateur, marchant pendant l'essentiel des premiers hectomètres de piste, puis nous reprenons un rythme un brin plus soutenu dans les quelques kilomètres de montagnes russes qui nous séparent du sommet Fetita.


C'est dans la montée vers ce col que nous reprenons nono5g, avec qui nous bouclons l'ascension au milieu de nombreux cailloux, avec un passage en crête qui offre une vue somptueuse sur le Val d'Aoste, embrassant à la fois Morgex et les montagnes environnantes, parmi lesquelles le Grand Paradis.

Une fois réunis au sommet, j'annonce à mes petits camarades que, vu la descente piégeuse qui s'annonce et mes piètres talents de descendeur, je vais prendre un peu d'avance, dans la foulée de Giorgio qui s'est élancé quelques instants auparavant. Nono5g est persuadé que je me moque de lui, qui m'explique que je descends plutôt bien. J'apprécie le compliment, forcément, mais doute tout de même qu'il soit réellement justifié.

Il n'empêche : j'ai beau me retourner régulièrement, je n'aperçois pas mes petits camarades avant l'arrivée au Col du Bard, où je marque une courte pause avant de redescendre sur Charvaz et son ravitaillement bienvenu. Je ne doute pas une seconde que piloumontagne et nono5g me rejoindront dès les premiers lacets, mais l'écart semble soudain se creuser fortement.


Arrivé à Charvaz, je me retourne de nouveau mais, ne voyant aucun des deux revenir, je décide de poursuivre ma route vers La Salle, croisant en chemin, de nouveau, le père de piloumontagne qui m'honore d'une nouvelle séance photos. Ce n'est qu'en regardant les résultats que je m'apercevrai que les deux compères étaient à moins de deux minutes de moi à Charvaz...


L'arrivée à La Salle est un antidote à toute situation de déprime en course. Mélange savoureux de passage de l'Alpe d'Huez er de fiesta à l'italienne, ce ravitaillement est un moment réellement unique dans la vie d'un coureur. En effet, bien qu'étant à cet instant dans le ventre mou du peloton (le MOP, Middle Of the Pack dirait LtBlueberry), j'ai le sentiment, comme les deux trailers qui me suivent, d'être le leader de la course.


Installées dans la cour pavée d'un bâtiment, cinq à six charmantes bénévoles toutes de jaune vêtues nous acclament par notre prénom, nous proposant moult mets délicats, dont de délicieux biscuits sucrés et de la bonne viande de grisons, ainsi que diverses boissons, dont une bien agréable « acqua frizzante ». Seul impair, mais peut on réellement le leur reprocher tant on sait qu'il ne faut jamais se reposer sur les bénévoles en cette matière, elles indiquent avec aplomb que Morgex, LE ravitaillement avec l'assiette de pâtes tant attendue, se trouve à deux kilomètres de La Salle, alors même que le roadbook en annonce au moins cinq.


Ce seront en effet cinq kilomètres, pas vraiment parmi les plus sympathiques du parcours, qui nous sépareront du chapiteau de Morgex. En effet, malgré la vue sur le Châtelard et Villair, les quatre bons kilomètres de bitume gâchent un peu le plaisir de cette course disputée jusqu'ici presque exclusivement sur les chemins.


A l'approche du chapiteau du ravitaillement, je retrouve Giorgio ainsi qu'Enrico, le champion de 24 heures. Malgré le temps maussade et les premières gouttes de pluie, le public est nombreux aux abords du ravitaillement. Je retrouve notamment l'épouse de Bleau78, qui me demande des nouvelles de son mari. Je lui réponds qu'il doit être loin derrière moi, sans pouvoir lui donner davantage d'informations car je ne l'ai plus revu depuis le milieu de la première ascension.


Arrivé sous le chapiteau, j'aperçois une tireuse à bière et, avant même de demander mon assiettes de pâtes al dente, je fais les yeux doux au barman improvisé pour qu'il accepte de me servir un demi, ce qu'il fait visiblement sans problème, à mon grand soulagement. Ce rafraîchissement inattendu et inespéré ainsi que la bonne assiette de pâtes toujours aussi bonnes me donne l'impression de me recharger à bloc, et j'ai déjà évacué, inconsciemment, la perspective de couper ma course ici.


En effet, je suis à mi course, dans un temps finalement raisonnable, et aucune douleur sournoise n'est venue perturber ma progression jusqu'ici. Je me sens bien, presque comme dans un rêve, toujours en tout cas dans cette atmosphère ouatée, étrange, de course courue totalement en dedans, comme une balade paisible.


Morgex – Pré Saint Didier : 5 km (49 km cumulés) – 100 m de D+ (2500 m cumulés) – 0 m de D- (2674 m cumulés) - 1h02'18'' (8h24'03'' cumulés) – 118ème – 120ème au scratch


C'est fort de cette décision de continuer, qui s'est imposée d'elle-même, que je croise, au moment de quitter le chapiteau, piloumontagne et nono5g qui y arrivent. Un rapide coup d'oeil m'indique qu'ils ont besoin de quelques minutes de repos supplémentaires, et eux-mêmes m'incitent fortement à partir sans attendre pour profiter de l'état de fraîcheur apparent qui est le mien.


Après m'être servi un dernier Coca citron, Je m'exécute à regret, comprenant pertinemment que le voeu fait au départ de terminer la course à trois était définitivement hors d'atteinte, mais je leur souhaite de continuer à deux leur progression pour aller au bout de ce qui n'est tout de même pas, au final, une balade de santé.


Sitôt sorti du chapiteau, je retrouve Mme Bleau78 qui m'assure que son époux ne devrait pas tarder à arriver puisqu'il a été pointé à Planaval « il y a 1h30' ». Aïe. Comment lui expliquer que j'ai mis plus de quatre heures pour effectuer cette partie du parcours, et qu'il ne sera donc vraisemblablement pas là avant bien longtemps ? A la lecture des résultats, je comprendrai que le pointage en question était en fait celui de Charvaz, et Bleau78 arrivera donc quelque 45 minutes seulement après moi à Morgex.


J'entame en tout cas cette deuxième moitié du parcours dans un état d'esprit différent. En effet, la grisaille et la pluie ont chassé définitivement le soleil, et je sais maintenant que je vais courir seul jusqu'au bout. La configuration de la course a donc changé du tout au tout, pour ce qui me concerne, en quelques minutes.

Heureusement, c'est à ce moment que je parviens à joindre yayoun, qui suit notre progression, à Jérôme et moi, à distance depuis Serre Chevalier où elle s'apprête à courir le Chemin du Roy le lendemain. Les nouvelles qu'elle me donne de Jérôme sont bonnes, ce qui ne me surprend guère, et elle m'encourage à ne pas oublier les conseils que je lui donnais moi-même quelques jours auparavant : ne jamais oublier que l'on court pour le plaisir, et ne jamais la^cher prise dans les coups de moins bien. On a beau le savoir, ça fait du bien quand quelqu'un que vous appréciez vous le rappelle.


Peu de temps après avoir rejoint la forêt qui longe la rivière, je vois deux coureurs prendre à gauche un chemin montant, alors que le balisage semble suggérer davantage un passage à droite le long de la rivière. Je suis un instant les deux coureurs qui ont pris à gauche, sans doute induits en erreur par les panneaux du Ski Club Valdigne, avant de rebrousser chemin et de retrouver le balisage sur le circuit du bas. Les deux compères sont déjà trop loin pour que je les alerte, mais je réaliserai un peu plus loin que les chemins communiquent, et que celui qu'ils ont pris leur a certainement permis de gagner quelques dizaines de secondes.


La montée, légère, sur Pré Saint Didier s'effectue sans crier gare, et je me retrouve bientôt à une intersection étrange, avec un fléchage qui part dans la côte sur la gauche, tandis que des coureurs remontent de la droite semblant suivre ce fléchage, et que des jeunes massés ici, sous la pluie, m'incitent à descendre à l'encontre du flot des coureurs. J'hésite d'abord, manifestant mon agacement devant cette situation ridicule, avant de comprendre que le contrôle de Pré Saint Didier est installé au coeur de la ville, et nécessite donc que nous fassions une petite boucle a priori sans grand intérêt.


Pré Saint Didier – Arpy : 6 km (55 km cumulés) – 631 m de D+ (3131 m cumulés) – 0 m de D- (2674 m cumulés) - 1h28'17'' (9h52'20'' cumulés) – 126ème – 120ème au scratch


Il me faudra quelques instants avant de avaler mon agacement, d'autant que le temps se gâte sérieusement dans l'intervalle, me contraignant, notamment par crainte d'un refroidissement dangereux, à mettre la Gore-Tex alors que l'orage gronde. Je pense d'ailleurs à cet instant que les organisateurs ne doivent pas être très rassurés d'avoir des centaines de coureurs en différents points du parcours.


J'hésite à cet instant à sortir également la frontale, mais je me dis qu'à 18h30, cela friserait le ridicule. Je regretterai presque ce choix un peu plus tard, en raison de ma grande maladresse.


La montée sur Arpy est rendue réellement pénible par le temps qui s'est fortement dégradé, semblant déchaîner les éléments contre nous. J'avance cependant d'un rythme que je veux le plus régulier possible, et parviens ainsi à ne pas me faire dépasser avant l'arrivée eu point de contrôle situé dans un bâtiment public du village, que nous traversons avant de poursuivre la montée vers le Col Croce.


Arpy – La Thuile : 12 km (67 km cumulés) – 711 m de D+ (3842 m cumulés) – 940 m de D- (3614 m cumulés) - 2h21'13'' (12h13'33'' cumulés) – 97ème – 110ème au scratch


La suite de la montée vers le Col Croce s'effectue sur une route forestière qui longe un camp de scouts de La Clusaz, particulièrement animé sous ce temps adverse. Je pense à Manu et Céline, qui vont s'engager le lendemain sur le Trail des Frahans, qui fut le premier trail pour Manu et qui sera le plus long pour Céline. Je regrette simplement que la pluie ait empêché les jeunes louves et louveteaux de venir admirer ma casquette L'Castor Junior et le petit castor, accroché à mon sac, que m'avait offert Céline.


Les écarts entre coureurs sont désormais assez importants, d'autant que, comme à chaque fois depuis le début de la course, j'ai visé à réduire au maximum le temps passé dans les lieux de ravitaillement. Je trouve seulement un coureur pour poser sur la photo que je prends du Lac d'Arpy sous la pluie. Quelques hectomètres de montée avant le col.

Arrivé au sommet, les bénévoles nous mettent en garde contre un début de descente un peu délicat, mais, conformément à ma nouvelle résolution de ne pas prendre peur dans les descentes, je m'élance, trottinant tranquillement jusqu'à l'entrée dans la forêt, où la nuit semble décidée à nous rattraper pour de bon.


En effet, au fur et à mesure que l'on descend sur La Thuile, je sens la luminosité baisser aussi sûrement que nous approchons de l'heure critique, 22h00. S'il aurait été stupide, finalement, de mettre la frontale dès Pré Saint Didier, il aurait été sage au moins de le faire dès le début de cette descente. Las, voulant, je crois, me prouver que je pouvais évoluer correctement même lorsque la lumière venait à manquer, je décidai d'attendre La Thuile et sa salle chauffée pour installer mon phare sur le chef.


Je doublai d'abord quelques coureurs, dont certains affairés à mettre en route leur éclairage, puis mes pas devinrent bien moins surs au fur et à mesure que la nuit prenait possession de cette forêt humide.


Ce n'est qu'après une jolie chute sur des racines recouvertes de boue que j'avais été totalement incapable de discerner que je me décidai à allumer mes lumières. Je n'en suis tout de même vraiment pas une moi-même, car je n'étais plus qu'à deux cents mètres, à peine, des premières lueurs de la ville. De plus, alors même que je m'étais dit, en le rangeant dans mon sac à Morgex, que je risquais de perdre mon Forerunner 205 au moment où je sortirais ma frontale et son bloc d'alimentation déporté, je ne pris pas la peine de vérifier que ce dernier n'était pas tombé du sac lorsque je mis ma frontale. Ce n'est que le lendemain matin que je réaliserai les conséquences de ma bêtise, en ne retrouvant pas, dans mon sac, le précieux GPS...


Néanmoins, en arrivant à La Thuile, mon principal souci était de me rendre un minimum présentable, ma chute m'ayant littéralement recouvert de boue, sans toutefois abîmer le moins du monde ma veste Gore-Tex (ah, j'aurai au moins pu tester sa solidité et sa résistance aux déchirures).


Je profitai néanmoins d'un bon potage de vermicelles, toujours al dente (quel plaisir que ces courses transalpines !). avant de reprendre ma route sans m'attarder une fois de plus, laissant dans la salle chauffée une flopée de coureurs pour qui cette ville porterait ce soir tristement bien son nom...


La Thuile – Dolonne : 20 km (87 km cumulés) – 1130 m de D+ (4972 m cumulés) – 1347 m de D- (4961 m cumulés) - 4h09'52'' (16h23'25'' cumulés) – 78ème – 91ème au scratch


Sitôt sorti de la Thuile, je profite de la lueur des candélabres pour lire mes SMS. Et celui de Khanardô me fait extrêmement plaisir : il m'annonce qu'à 21h38, Jérôme n'était plus qu'à une demi-heure de l'arrivée. Un rapide calcul me fait tenter le coup, et j'appelle Jérôme qui décroche rapidement, me confirmant son arrivée récente et m'informant de sa superbe performance, avec une onzième place au scratch à la clé. Le p'tit gars a pris une magnifique double revanche sur le Gran Trail Valdigne et sur le CCC 2007, de la plus belle des manières.


Même si nous ne jouons pas dans la même cour, ce beau succès m'encourage à aller moi aussi au bout de l'aventure, et dans le meilleur temps possible. J'annonce donc à Jérôme que je pnse arriver vers 2h30 à Dolonne, objectif que je tiendrai à ma plus grande joie.


Las, les vingt kilomètres qui me séparent encore de l'arrivée ne sont pas pour autant de tout repos. En particulier, la montée vers le Col de l'Arp est encore très longue, et, contrairement au passage de La Salle à Morgex où le bitume m'avait plutôt déplu, je ne suis pas mécontent, ici, que les premiers lacets de la montée s'effectuent sur une route bien bitumée.


Je ne me fais d'ailleurs reprendre par personne dans cette montée, doublant au contraire plusieurs concurrents. Le mental chancelle pourtant parfois, en raison probablement à la fois de la fatigue du jour, de celle amoncelée pendant le Raid du Golfe du Morbihan, de quelques frottements que je sens naître dans le bas du dos et à l'entre-jambes, et certainement d'une lassitude générale : ces enchaînements de courses longues, si rapprochées, finissent par attaquer le moral.


Une de mes résolutions d'après course sera d'ailleurs de couper pour de bon après la Petite Trotte à Léon en Off de fin juillet et le Off organisé par Jérôme à Bardonecchia début août. Soit trois semaines complètes de repos avant l'UTMB, afin d'arriver frais et avec une certaine envie de courir et de grimper au départ de la Place de l'Amitié à Chamonix.


En attendant, je me retrouve à chanter, dans ma tête, du Diam's, en particulier Confessions nocturnes et son pendant parodique Mauvaise foi nocturne par Fatal Bazooka et Vitoo. Ah, ça ne vaut certes pas d'autres chanteurs à textes ni le moindre des grands penseurs, mais, à cette heure avancée de la nuit, perdu dans cette montée qui semble ne jamais vouloir finir, ce sont les seuls airs qui me viennent à l'esprit. Peut-être aussi parce que la Vitaa e bella...


Revenons à nos moutons, et à cette montée interminable. D'ailleurs, en parlant de moutons, je ne résiste pas à l'envie de raconter ce dialogue surréaliste avec un coureur italien qui, à mon approche et à la vue du phare qui ornait mon chef, avait décidé de couper sa frontale bien légère pour profiter de mes lumières artificielles :


  • Moi : Tutto va bene ?

  • Lui : …

  • Moi : Va bene ?

  • Lui : … Belle luce !


Comment vous dire ? J'avais le sentiment étrange, en effet, que ma lumière, en plus d'être belle, l'attirait comme un papillon de nuit. Lui qui semblait avancer à pas lents comme un fantôme se mettait soudain à trottiner derrière moi sans plus vouloir me lâcher. J'avais le sentiment étrange qu'il voulait profiter pleinement de ma lumière de manière un peu sournoise, en me laissant bien entendu supporter seul le poids bien plus élevé de ma lampe et de ses fort lourds accumulateurs.


Je repense alors aux propos échangés avec Manu et Jérôme sur ces coureurs qui se chargeraient volontairement peu en eau ou autres ravitaillements, afin de tirer partie du gain de poids réalisé, et qui demanderaient en revanche aux autres coureurs de suppléer leurs lacunes.


Je décidai donc, parce que j'avais le sentiment d'être le dindon de la farce, d'accélérer le pas pour me débarrasser de l'opportuniste. Comportement fort peu charitable, mais qui me semblait sur le coup parfaitement justifié. J'espère ne pas avoir mal interprété la situation sur le moment, car je n'étais certainement pas des plus lucide.


Arrivé au sommet après de multiples détours qui nous éloignaient bien plus souvent qu'ils ne semblaient nous en rapprocher des phares orange disposés autour du point de contrôle, j'entame la descente la plus technique de tout le parcours, écoutant bien les conseils des bénévoles postés au sommet qui insistent sur le caractère périlleux des premiers hectomètres rendus particulièrement glissants par la pluie tombée presque sans interruption depuis plusieurs heures.


C'est là que, pour la première fois depuis le début de la course, d'autres concurrents me dépassent dans une descente. A ma grande satisfaction, toutefois, ile ne seront que trois dans ce cas, que je reprendrai finalement dès que la pente se fera plus douce.


Le tracé rejoint un peu plus bas une route forestière, et je profite de ces nombreux lacets pour creuser un peu l'écart avec des poursuivants que je distingue seulement par l'éclat de leur frontale. Néanmoins, la lassitude finit par me gagner totalement, et même ces portions roulantes deviennent indigestes, et je suis presque heureux de croiser les pompiers au dernier point de contrôle avant l'arrivée à Dolonne.


Je le suis d'autant plus qu'ils m'annoncent une vingtaine de minutes seulement pour rallier l'arrivée. Malgré leurs avertissements quant au caractère extrêmement glissant de la descente dans la forêt, je fais un magnifique vol plané dès les premiers mètres, et décida ensuite de m'accrocher à la corde qu'ils ont disposée entre quelques arbres afin d'éviter une chute aux conséquences plus graves.


Sitôt relevé, j'appelle Jérôme pour l'avertir de mon arrivée imminente. Je l'interromps apparemment en pleine danse endiablée avec de belles Italiennes, mais il me confirme qu'il viendra assister à mon arrivée. Ce n'est pas tous les jours qu'on est accueilli par un champion à l'arrivée d'une course ;-))


Et, après ce qui m'apparaît comme une courte éternité, je parviens enfin sur les quelques dizaines de mètres de bitume qui séparent la sortie de la forêt de l'arche d'arrivée., sous les vivats de la foule en délire, ou du moins sous les bravi de Jérôme et des quelques bénévoles présents.


Enrico, qu'il me semblait bien avoir reconnu parmi les deux personnes qui m'avaient doublé dans la forêt, en avait terminé quelques minutes plus tôt.


Une fois la puce rendue, je me précipite, guidé par Jérôme, au stand de ravitaillement, pour profiter d'un nouveau demi et de quelques parts d'un délicieux gâteau au chocolat. Si les parts de gâteau sont faciles à obtenir, le demi est plus compliqué, le « barman » craignant que, comme d'autres coureurs avant moi, je ne finisse pas mon verre. Ah, c'est bien mal me connaître. Heureusement, le fait d'annoncer ma future participation à l'Arrancabirra agit comme un sésame, et je peux me désaltérer avec bonheur.

L'après-course

Jérôme me guide ensuite jusqu'à l'hôtel, me racontant ses exploits du jour, ou plutôt de la veille, et me complimentant pour ma gestion de la course après le Morbihan, alors qu'il pensait sincèrement que j'aurais opté pour le retour direct vers Courmayeur depuis Morgex.


Arrivé à l'hôtel, le seul calvaire après la mise à l'ombre des affaires de course nauséabondes sera, comme au Morbihan, la douche et la découverte de tous les frottements insidieux qui me feront pousser des cris de castrat. Mais, est-ce l'habitude, je serai bien plus discret qu'à Port Crouesty...


Après une courte mais bonne nuit, nous prenons notre petit déjeuner à l'hôtel, en compagnie des parents de Jérôme, charmants. Dans la salle, un concurrent reconnaît Jérôme, LE Jérôme de Kikouroù, avec ses nombreux et riches CRs. Quelle star ce Jérôme !


A la remise des prix, assurée par les édiles locaux et animée par un speaker typiquement italien devant un groupe de jeunes filles en habit traditionnel, nous retrouvons Goldenick, Marco et les deux Enrico.

Un coup d'oeil rapide aux résultats affichés me permet de constater que nono5g a terminé finalement en boulet de canon, une vingtaine de minutes après moi, dans le même temps que David Poletti, tandis que piloumontagne a mis deux petites heures de plus. Je me doute qu'il a repris la route, longue, pour Angers, alors qu'il doit se reposer pour arriver frais au départ du Pyrénées Extrem Trail.


J'indique à Jérôme que, selon toute vraisemblance, et notamment si les prix scratch et par catégories ne se cumulent pas, il peut prétendre à un podium Senior. Il semble en douter, mais, après avoir vu défiler tout un tas de valeureux champions, dont de très charmantes traileuses, Jérôme est bel et bien appelé sur le podium, non pas pour une troisième place obtenue grâce au non-cumul des prix, mais bien plutôt pour la véritable deuxième place du classement Senior.

Je me précipite vers l'allée centrale pour immortaliser ce moment, mais mon appareil photo décide de faire des siennes, et je n'arracherai une photo de Jérôme et de sa grolle amplement méritée qu'après la cérémonie, en compagnie d'Enrico.

Ce dernier nous invite, avec des amis Italiens, à boire un verre là-même où Jérôme et moi avions dégusté de succulentes glaces avant la remise des prix. Merci l'ami : j'ai vraiment été ravi de te rencontrer. Jérôme profitera du passage d'Alberto Motta, le Président des Courmayeur Trailers, pour lui demander d'accepter mon bulletin d'inscription pour l'Arrancabirra : je serai donc le troisième Français inscrit à cette course de la bière, après Manu et Céline (eh oui, Jérôme est inscrit comme Italien...).


Après un dernier repas ensemble à Courmayeur, avec polenta champignons pour moi et polenta saucisses pour Jérôme, nous reprenons la Kangoo de Jérôme pour rallier l'aéroport de Turin, en faisant une halte, sur sa proposition, à La Thuile, afin de vérifier l'endroit où j'ai le plus probablement laissé tomber mon Forerunner l'avant-veille.

Etonnamment, je suis, pour une fois, plus rapide que Jérôme pour remonter cette descente qui n'était pas si raide dans mon souvenir. A croire que lui a fait une course à bloc... ;-)) En tout cas, après une journée entière de passage, et alors que nous croisons un coureur (sans dossard heureusement) qui descend en empruntant le parcours de la course, il faut se rendre à l'évidence : j'ai certainement fait un heureux avec ma bourde semi-consciente lorsque j'ai mis ma frontale. Charge à moi d'être plus attentif à l'avenir...

Nous nous remettons donc en route, et gagnons Turin Caselle où je salue Jérôme et le remercie une fois de plus pour l'accueil et la prise en charge complète pendant ce weekend de deux jours qui m'est apparu comme un dépaysement bien plus long et bien plus profond qu'un weekend classique.


De retour à la maison, je suis félicité par des amis venus dîner à la maison et, à ma grande surprise, je passe la soirée sans le moindre coup de barre, avec un sentiment un peu confus de simple plénitude. Je suis bien loin de mon temps de 2006 sur le CCC, mais ce parcours était bien plus technique, avec plus de dénivelé, et j'avais encore dans les pattes la fatigue du Morbihan.


Maintenant, cap sur la Petite Trotte à Léon sur quatre jours avec une autre bande de sacrés loustics. Et rendez-vous fin août à Chamonix pour boucler le Tour du Mont Blanc et saluer les prochains exploits des copains.

2006-09-25 00:51:35 : Via Romana - 13-08-2006 - Carpineto (Haute-Corse) - 0 photo - 16 réactions

Comme toujours, le CR est disponible, avec les photos ordonnées, sur Kikouroù ( http://www.kikourou.net/recits/recit-1952-via_romana_-_58_km-2006-par-l_castor_junior.html ), tout comme la séance d'entraînement avec les données GPS ( http://www.kikourou.net/entrainement/ficheseance.php?id=36006 )

Voyage au royaume du châtaignier...

Comment se jeter dans la gueule du loup
Fin 2005, lors de la dernière assemblée générale du JDM, pendant laquelle j'avais déjà signé, sans réaliser vraiment ce que cela impliquait, pour un week-end d'initiation à la Haute Montagne ( http://www.kikourou.net/recits/recit-1720-week_end_d_initiation_a_la_haute_montagne_-_ecole_de_glace-2006-par-l_castor_junior.html ), Frédéric Orsoni nous avait proposé sournoisement de participer à un trail, mi-août, dans sa Corse natale. Pour moi, la Corse, c'était un vague souvenir de vacances il y a plus de quinze ans, avec, au programme, plage, plage, plage, et un peu de lacs de (très basse) montagne. Bref, un décor de rêve pour une petite coursette sans prétention. J'avais donc, sans trop réfléchir, dit banco. Ah, fougue impétueuse de la jeunesse ;-)

Frédéric nous rappelant régulièrement, lors de nos séances de fractionnés ou de nos sorties dominicales, la nécessité de nous inscrire et de réserver le trajet, je me décidai finalement à jeter quand même un petit coup d'œil sur Internet. Le seul site trouvé sur Google était resté bloqué sur l'édition 2005, et ce n'est que courant avril, après le Marathon de Paris, que je trouvai enfin une version actualisée présentant le parcours 2006 et les modalités d'inscription. Pour le profil, gasp : 58 km et 3300m de D+. Pffiou... Ils ne rigolent pas les Corses. Il doit donc y avoir de belles et hautes collines dans cette île de beauté... Bah, ça me fera toujours un entraînement pour le CCC, auquel je me suis inscrit depuis l'automne, et qui devait être ma première course de montagne. Certes, moins de deux semaines séparent les deux épreuves, mais je ne vais pas m'arrêter à ce genre de préoccupations matérielles... Pour l'inscription, tout peut se faire par Internet. Je m'inscris donc le 31 mai, dernier jour avant l'augmentation des tarifs, scellant ainsi mon sort définitivement...

Cependant, la vie continue, à coups de trails ( http://www.kikourou.net/recits/recit-1600-trail_du_pays_de_sully_-_42_km-2006-par-l_castor_junior.html ), CO et raids ( http://www.kikourou.net/recits/recit-1715-le_trophee_picard_xtrem-2006-par-l_castor_junior.html ) plus ou moins vallonnés, mais toujours aucune confrontation avec la montagne. Ce n'est qu'en juillet que je vais prendre conscience de ce qu'est réellement la montagne. L'ascension du Mont Blanc avec le JDM ( http://www.kikourou.net/recits/recit-1735-ascension_du_mont_blanc_-_montee_au_sommet_puis_redescente_a_tete_rousse-2006-par-l_castor_junior.html ), puis le Tour de l'Oisans avec Mathias, Serge, Nico et Michel ( http://www.kikourou.net/recits/recit-1745-tour_de_l_oisans_-_etape_1-2006-par-l_castor_junior.html ) vont me fournir deux occasions extraordinaires de faire un apprentissage accéléré de cet univers ô combien magnifique et exigeant. Accessoirement, c'est d'ailleurs depuis la chambre que je partage avec Dominique, François et Roger dans notre gîte d'Argentière début juillet que je vais, enfin, me préoccuper, à distance, de mon trajet vers la Corse. En raison du stage Thalasso / Course à pied que j'ai prévu de suivre à Pornic jusqu'au 10 août, la traversée en bateau n'est pas jouable, et je me rabats donc sur l'avion, Orly-Calvi (Fred m'a conseillé Calvi plutôt que Bastia). Il me suffira ensuite de prendre le petit train (le plus pittoresque de France paraît-il) pour gagner Ponte Leccia, directement au Nord de Moltifao, point de ralliement des JDM engagés sur la course. Encore faudra-t-il se renseigner un peu sur les horaires de train... On verra ça de retour à Paris...

Un Mont Blanc, un Tour de l'Oisans et une thalasso à Pornic plus tard, je me décide enfin à vérifier lesdits horaires, et là, c'est la douche froide : une liaison par jour dans chaque sens et, bien sûr, aucune ne me permet de rejoindre mes amis... Las, bien qu'ayant caressé un instant l'idée de m'inviter à effectuer le trajet à pied (voilà ce que c'est que de fanfaronner qu'on aime courir loin et longtemps ;-) ), mes camarades décident de prendre en charge le boulet que je suis, et c'est Marc qui se dévoue pour venir me chercher à l'aéroport. Heureusement, les choses ne se goupillent pas trop mal, puisqu'il en a profité pour ramener Marianne, que mon père, qui m'a amené à Orly, pourra donc ramener ainsi à Bures. Un chassé-croisé de haut vol ;-)

Arrivés à Moltifao, nous retrouvons Frédérique et Yves, pour un dîner "Chez César". Cette pizzeria au bord de la route est une première plongée dans la Corse profonde, avec des hommes et des femmes au caractère bien trempé, pleins de charme et très accueillants cependant. Je ne verrai pas les Fayoux, qui ont embarqué vers le continent dans l'après-midi. Apparemment, tous les JDM, présents sur place depuis une semaine, ont déjà pu goûter aux charmes de la montagne corse, notamment lors d'une belle randonnée en début de semaine dans la Restonica, empruntant des bribes du parcours de l'Interlago. Ils sont donc autrement mieux préparés au terrain que moi, qui n'ai fait que quelques footings autour de Pornic... Après cette agréable mise en bouche, nous rejoignons l'hôtel où je prends la place, dans la chambre de Marc, de Marianne. Marc, minutieux dans sa préparation, a étalé quasi religieusement le contenu de son sac sur le lit superposé que je dois occuper, et me fait donc rapidement une place afin que je puisse étaler, de façon hélas beaucoup plus anarchique, mes propres affaires.

Le lendemain, samedi, nous partons, Frédérique, Marc et moi passer prendre Frédéric pour rallier ensemble Carpineto, afin d'y retirer nos dossards. Le voyage vaut le détour : des routes de montagne qui n'ont pas à rougir de la comparaison avec les routes alpines les plus tortueuses et les plus dangereuses, agrémentées, particularisme local, d'un nombre incalculable d'animaux divagant, au premier rang desquels les vaches, dont on pourrait penser qu'elles sont, comme en Inde, des animaux sacrés. La dextérité de Marc, qui connaît bien l'île, nous permet d'arriver à bon port, mais j'avoue redouter déjà le même trajet que nous devrons accomplir le lendemain, dans la nuit, afin de gagner le départ de la course... La distribution des dossards s'effectue dans la mairie de Carpineto, où organisateurs et bénévoles sont aux petits soins pour accueillir la poignée de concurrents venus accomplir les formalités d'usage. En nous remettant dossard, gourde et TS (enfin une course où je peux obtenir une taille S : merci !), ils nous indiquent que nous serons peu nombreux à nous élancer le dimanche sur les deux circuits (le nôtre et un, plus court, de 38 km et 2400 m de D+). En particulier, un bénévole glisse à Frédérique que seules trois femmes sont inscrites, ce qui, d'après le tableau des récompenses, devrait lui permettre, si elle parvient au terme de l'épreuve, de nous offrir un bon resto ;-)

Après un essayage rapide des TS et une première acclimatation à l'ambiance très particulière du pays de la châtaigne, nous reprenons la route, sur laquelle nous trouvons une jeune fille du crû qui veut regagner Ponte Leccia en autostop. En chemin, elle nous explique l'origine du nom donné par les habitants de la région à un pont, le Pont des Trois Sœurs : trois de ses tantes auraient eu un accident de voiture à cet endroit plusieurs années auparavant. Décidément, les Corses et leur terre sont intensément liés. Nous la déposons à Ponte Leccia, puis déjeunons à l'hôtel à Moltifao. Dans l'après-midi, nous partons, Frédérique, Yves, Marc et moi sur Corte, avec sa citadelle imposante, pour une séance de shopping de dernière minute. Frédérique et Marc se laisseront tenter par le double porte bidons Salomon pour lequel j'avais déjà craqué en juillet, tandis que j'aperçois, au rayon des articles soldés, une paire d'Asics DS Racer VI vert pomme du plus bel effet : allez, ce n'était pas prévu, mais je craque tout de même pour ces chaussures avec lesquelles j'aurai intérêt, désormais, à courir un peu plus vite sur les épreuves de route ;-)))

J'envoie un SMS à Mathias, qui a dû terminer, normalement, son GR20 OFF sur cinq jours (moins de trois semaines après notre GR54 sur quatre jours et moins de trois semaines avant son UTMB... Un fou, vous dis-je...). Ce dernier me répond, assez rapidement, que tout s'est bien déroulé pour lui (chouette, encore un beau CR à lire !), et me renvoie, dans la foulée, un MMS où il a attaché une photo... du balisage de la Via Romana !!! En fait, comme il me l'avait indiqué, il séjourne dans la région, et a entrepris ce jour une randonnée au-dessus de Piedicroce, qui se situe à peu près au tiers du parcours de la Via Romana. Les fous ont ceci de particulier qu'ils aiment visiblement fréquenter les mêmes lieux et suivre des chemins similaires...

De retour, encore, à Moltifao, chacun des coureurs prépare son sac de course pour le lendemain (pour ma part, ce sera assez léger, avec ma veste légère Salomon et une couverture de survie, mon Camelbak de 2 litres rempli, mon téléphone portable ainsi que trois barres énergétiques rescapées de l'Oisans - je veux tester une course avec uniquement le ravitaillement de l'organisation - et mon appareil photo dans les poches extérieures), puis, après une petite baignade dans la rivière qui coule au pied de Popolasco, nous rejoignons les Orsoni dans leur maison de famille dans le cœur du village, pour une "pasta party" dont ils ont le secret. Frédéric insiste tout particulièrement pour que je reprenne de l'excellente mousse au chocolat préparée par Sabine. Diantre ! Ce personnage a certainement de mauvaises arrière-pensées... ;-) Heureusement, Sabine fait preuve de bien plus de générosité, et m'offre quelques tranches de Lonzu, sorte de filet de jambon fumé, que je range dans des films plastiques, afin de pouvoir pallier un éventuel manque de ravitaillement salé sur la course. Après une nuit néanmoins légère, nous nous réveillons vers 4h15 pour être fins prêts au RDV, fixé à 5h00, avec Frédéric, puis nous reprenons la route escarpée jusqu'à Carpineto, où Marc parvient, difficilement, à se garer dans une rue étroite à 500 m de distance et une trentaine de mètres de dénivelé positif du départ.

La course : de Carpineto à Piedicroce
A 6h45, après une minute de silence observée en hommage à un jeune traceur du parcours décédé quelques semaines auparavant et, surtout, après la bénédiction donnée par le curé du village (l'homme d'église, comme c'est paraît-il la coutume en Corse, nous a souhaité une bonne course, de bonnes conditions météorologiques et, cerise sur le gâteau, de n'avoir aucune crampe pendant l'épreuve !), le départ est donné, et la centaine de concurrents inscrits sur l'ensemble des deux courses s'élance, devant les caméras de Sport+, pour une première montée bien raide dans les rues du village. Ca part vite, déjà, et je préfère trottiner à mon rythme plutôt que de chercher à tout prix à suivre les cabris partis en tête.

La météo est encore agréable, et ma tenue Salomon (short, TS et saharienne) est parfaitement adaptée. Mes chaussures NB1100 ont franchi les 1000 bornes dans l'Oisans, mais j'entends les pousser encore un peu, au moins jusqu'après le CCC. Je commence enfin, grâce à mon périple dans l'Oisans, à maîtriser l'usage des bâtons, et les sors donc dès que nous quittons la route pour la montée vers le Col d'Arcarota. Mes camarades du JDM, qui m'ont mis la pression la veille pour que j'approche des premières marches du podium (les fous ! Je débute encore, moi, en montagne...), sont restés en retrait derrière, et je progresse donc dans ces forêts denses de châtaigniers au milieu de coureurs aguerris, dont j'imagine, à leur accent, que la plupart sont Corses.

La montée se poursuit, toujours très raide, jusqu'au Col d'Albi, puis c'est la première descente, assez roulante car sur de la bonne terre bien meuble et sèche, qui nous emmène vers la chapelle San Giorglio. Certains coureurs que j'avais doublés dans la montée (j'étais à 830 m/h) me repassent dans la descente, me rappelant ainsi cruellement mes piètres talents de descendeur. À Tramica, nous rencontrons le premier point de contrôle, avec des bénévoles charmants, puis la deuxième ascension débute. Après 140 m de dénivelé, nous passons dans le petit village de Parata, où est installé le premier ravitaillement. L'ambiance est fantastique : on dirait vraiment que l'ensemble des habitants de la Castagniccia ont envie de faire de cette course une grande fête : leur fête. Les mammas aux fenêtres ou devant leur porte, les enfants qui jouent dans les rues : tout le monde nous encourage avec une ferveur rare. Certes, les coureurs corses bénéficient parfois d'attentions particulières (après tout, chacun n'est-il pas, dans cette île, le cousin plus ou moins éloigné de son voisin ?), mais même le "continental" que je suis est salué et encouragé comme on l'est rarement sur une course. Le ravitaillement lui-même est très correct, avec notamment une variété de fruits et autres aliments sucrés, et de l'eau gazeuse en plus de la sempiternelle eau plate. Je décide de me ravitailler en solide à chaque ravitaillement, et prends donc une demi banane et quelques abricots secs, ce qui constituera mon régime alimentaire sucré pendant toute la course.

Le chemin continue à travers les châtaigniers, en forte côte, jusqu'à la chapelle San Bartolomeo, d'où la vue sur les environs est saisissante. Un petit mot gentil aux bénévoles présents au point de contrôle, puis il est temps d'entamer la descente sur Piazzole, où se trouve un nouveau ravitaillement, puis Chiarasgiu. La descente se passe toujours relativement bien pour moi, même si je me fais doubler par quelques concurrents, notamment lorsque, arrivé à une barrière fermée (alors que le positionnement du balisage laissait penser qu'elle aurait dû être ouverte), j'hésite bien longtemps avant de l'enjamber. Je passe un autre passage difficile un peu plus bas, lorsque, suivant deux autres coureurs, je néglige de suivre le balisage et me retrouve, derrière eux, dans un enchevêtrement de ronces plus hautes que moi, dont ils s'extraient bien plus facilement que moi. Entre les griffures aux jambes et aux bras et une belle descente sur les fesses, je me laisse dépasser par trois nouveaux concurrents, qui, ça me rassure tout de même un peu, sont inscrits sur le "petit" circuit de 38 km. Ce système de départ commun aux deux courses, ajouté au démarrage rapide des premiers dans Carpineto, rend d'ailleurs difficile l'estimation de son positionnement dans la course. Je m'imagine alors, à tort, être dans les dix ou quinze premiers, et me prends à rêver d'une place honorable sur cette course qui, pour l'heure, m'apparaît largement en adéquation avec mon niveau actuel.

Nous remontons ensuite vers les fameuses sources minérales d'Orezza, où un ravitaillement est installé dans l'enceinte même de l'établissement, à deux pas de la fontaine d'où coule, en permanence, cette eau ferrugineuse dont la réputation s'étend bien au-delà des frontières insulaires. C'est là que je rencontre Eric, coureur "continental" comme moi, engagé lui sur le 38 km, avec qui j'entreprends de discuter un peu. Nous discutons d'abord de nos origines et de nos terrains d'entraînement, et c'est lorsque je lui parle du Tour de l'Oisans OFF avec Mathias, Serge, Nico et Michel qu'il me dit qu'il connaît bien Mathias, pour l'avoir croisé sur différentes Saintélyon ainsi qu'en tant que membre du bureau de Courir Le Monde. Eric est également un kikoureur, sous le pseudo de Gamajade, qui a d'ailleurs rédigé un compte-rendu passionnant de sa Via Romana 2004. Drôle d'endroit pour une rencontre, mais j'ai pris l'habitude, sur les différents ultras que j'ai pu courir, de rencontrer presque systématiquement soit des gens connus car déjà rencontrés sur d'autres courses, soit de nouer des liens avec des inconnus qui partagent cette même passion d'aller au bout d'eux mêmes, sur des terrains on ne peut plus variés, toujours avec un esprit de générosité rarement rencontré par ailleurs. Je le laisse partir devant, car je souhaite profiter, gourmand que je suis, des délices du ravitaillement. En plus de ma classique demi banane et de ma poignée d'abricots secs, je me laisse tenter, ici, par un verre d'eau d'Orezza qu'une charmante bénévole m'amène après l'avoir rempli directement à la source. A ma grande surprise, cette eau n'est pas gazeuse à l'origine, et son goût extrêmement marqué est difficilement supportable. Tant pis pour les vertus ferrugineuses, je resterai à l'eau plate !

Je quitte ensuite les sources d'Orezza pour reprendre un chemin forestier qui monte, toujours aussi raide, vers l'ancien couvent d'Orezza, d'où le clergé corse déclencha, au 18ème siècle, la guerre de libération contre la domination génoise de l'Île. Les chemins sont toujours aussi agréables, et la forêt, dense, nous protège des rayons du soleil qui se font de plus en plus perçants. Je prends quelques photos des ruines du couvent, puis poursuis la montée vers Pastoreccia, où se situe un nouveau ravitaillement. Je rattrape en chemin Gamajade, qui m'avait avoué être moins bon grimpeur que moi (ah, s'il m'avait connu avant mon dépucelage de la montagne entre Mont Blanc et Oisans cet été...), puis nous descendons ensemble sur Piedicroce, où l'accueil par les habitants est, une fois de plus, mémorable.

De Piedicroce à Caldane
C'est dans la montée vers Pied'Orezza que j'abandonne mon compagnon, avant de parvenir au petit village de Campodonico où un ravitaillement nous est offert, servi au milieu d'une foule enthousiaste mais rendue quelque peu inquiète par l'amoncellement de nuages noirs au-dessus de nos têtes. Heureusement, ils se dissiperont finalement rapidement, et nous pourrons continuer la course sous un soleil à peine voilé, parfois, de quelques nuages d'altitude.

La portion qui s'annonce est, à mes yeux, la meilleure occasion de regagner un peu du temps perdu dans les descentes précédentes. En effet, on nous a annoncé une montée raide, et d'une traite, jusqu'à Bocca Favalta, soit 840 m de D+ que je parcourrai en 1h25', sans avoir croisé quiconque hormis un Corse, visiblement un Vétéran 3, que j'ai aidé à se relever d'une chute heureusement sans gravité, et un organisateur, qui me prévient de bien suivre le balisage car un concurrent devant moi s'est totalement fourvoyé. Je ferai donc attention !

Je me retourne, durant la montée, tant pour m'imprégner de la vue à couper le souffle que pour scruter, en bas, la présence d'éventuels poursuivants, en vain. C'est probablement aussi cela qui fait le charme d'une telle course : une toute petite centaine de concurrents lâchés sur un circuit de 58 km ont peu de risque de se sentir, à un moment ou à un autre, pris dans des embouteillages comme cela peut arriver sur des courses plus fréquentées. Je profite de ce calme relatif pour, lorsque sonnent les 4h30’ de course (soit la moitié de mon « objectif » inavoué de terminer en 9h00’), engloutir une des trois tranches de lonzu que j’ai prises avec moi, seule entorse à ma volonté d’utiliser uniquement les ravitaillements de l’organisation.

A mon arrivée au ravitaillement de Bocca Favalta, je suis accueilli tout de go par une dame qui me crie : "Allez Cédric !!!". Je ne la connais pourtant pas, et nos nom et prénom ne figurent pas sur nos dossards. Je sais que ma notoriété prend une ampleur considérable (hum...), mais je suis tout de même très surpris qu'elle ait atteint, surtout sous ma véritable identité, des endroits si reculés. Un bref échange avec cette charmante dame permet d'élucider rapidement ce mystère : je ressemblerais beaucoup, d'après elle, à son fils Cédric, engagé lui aussi sur la course, qui, d'après les résultats publiés après course, aura été contraint à l'abandon. Qu'à cela ne tienne, ces encouragements totalement inattendus, ajoutés à l'accueil chaleureux des trois jeunes qui tiennent le ravitaillement, me font un bien fou et me permettent de repartir le cœur léger vers la Bocca Calerrucio.

Un détail me surprend toutefois : alors que j'ai réalisé la dernière ascension sur un rythme très correct, et qu'il me semblait avoir distancé largement les coureurs qui me suivaient, j'aperçois, dès mon départ du stand, une fusée revenir vers moi. J'interpelle gentiment ce coureur qui avance d'un pas qui m'apparaît extrêmement rapide, et fais ainsi connaissance avec Jean-Paul, abonné à Ultrafondus Magazine mais qui n'est pas membre du forum UFO. Personne n'est parfait... ;-) Il m'explique rapidement les raisons de sa remontée fulgurante. Plutôt mal en point au départ, et à peine remis d'une blessure, il a préféré partir très tranquillement, puis a pu, au fur et à mesure que revenaient l'énergie et l'envie d'en découdre, rattraper puis déposer les coureurs partis devant lui. Jean-Paul est un sacré coureur : finisher de l'UTMB en 2005, dans des temps comparables à ceux de mon père, il est sans cesse à la recherche d'expériences nouvelles, avec, je le comprends, une nette préférence pour le trail, en particulier en montagne.

Je me présente à mon tour, et lui décris, en quelques lignes, ma transformation de sédentaire allergique au sport pendant 28 ans en coureur régulier, fan comme lui de courses nature au long cours. Comme souvent lorsque j'étale ainsi ma petite histoire, Jean-Paul est d’abord surpris, avant de reconnaître, en mordu qu’il est, que l’envie de courir peut faire des miracles… Nous parcourons quelques centaines de mètres ensemble, mais je sens qu’il est plus « frais » que moi, et que je ne pourrai tenir bien longtemps à son rythme. Aussi, malgré ses encouragements à le suivre, je le laisse filer dans une montée vers une hêtraie, et ne le reverrai plus avant l’arrivée.

Je passe à Orticaggio, point où le 38 et le 58 km se séparent, vers 12h30, soit près de 5h45’ après le départ de Carpineto. Les organisateurs ont annoncé qu’ils imposeraient à tous les coureurs qui passeraient après 6h00’ de course de se rabattre sur le 38 km. Tiens, moi qui croyais être plutôt large avec cette barrière, je ne suis pas passé très loin… Comment donc vont faire mes petits camarades buressois, a priori un peu moins à l’aise en montée ??? J’ai à peine le temps de penser à eux : une bénévole présente à ce point stratégique s’inquiète de ma pâleur extrême, et me suggère d’abandonner… Il me faut donc lui expliquer, pour la rassurer, que ce sont bien les litres de crème solaire que j’ai grossièrement étalés sur mon visage qui me donnent cette allure cadavérique. Ouf : je pourrai donc continuer mon périple !

Le trajet se poursuit par une montée assez raide sous une hêtraie, d’abord jusqu’à la Muffraja, à 1600 m, puis vers Punta Caldane, le point culminant de la course, à 1724 m. Toujours aidé de mes bâtons, et assez désagréablement surpris par le peu de marge dont je dispose par rapport à la barrière horaire, je m’efforce de relancer la machine, et boucle cette ascension à près de 800 m/h. La vue, depuis cette crête, est magnifique, et contribue elle aussi à me redonner du baume au cœur.

De Caldane à Carpineto
Hélas, qui dit point culminant de la course, dit aussi fin (au moins provisoire) de la montée, et début de la descente. Et, en la matière, je suis servi… Plus de 800 m de descente ininterrompue, d’abord à travers des prés encombrés de cailloux, dans lesquels je manque de perdre le balisage de vue, puis sur des chemins secs remplis eux aussi de caillasse, où mes piètres talents de descendeur trouvent de multiples occasions de se rappeler à mon bon souvenir. Je peine tellement dans cet exercice que je suis contraint, rapidement, de marcher, complètement tétanisé par la peur de chuter.

Celle qui terminera deuxième féminine de l’épreuve me double assez rapidement, bientôt suivie par deux vétérans, que je suis contraint de laisser filer impuissant. J’essaie bien de relancer un peu la machine, repensant aux conseils de mes camarades lors du Tour de l’Oisans : toujours trottiner, même lentement, plutôt que marcher, mais rien n’y fait, et je m’imagine déjà passer de longues heures dans ces terrains hostiles qui semblent ne jamais finir.

Je parviens à reprendre un peu de poil de la bête à l’arrivée au bas de la descente, où, après une vision agréable de la chapelle Saint Vincent vers laquelle nous repasserons quatre kilomètres plus tard, nous prenons une piste, assez large, sur quelques kilomètres. Le décor est moins agréable que dans les montagnes, mais le fait de pouvoir courir à nouveau est un carburant extraordinaire pour relancer une machine bien rouillée et un moral en berne. Je parviens ainsi à rattraper les deux vétérans qui m’ont doublé dans la descente, et passe les montagnes russes qui suivent sans trop de difficulté. Seule une colonie allemande (une secte ?) en bord du chemin nous distrait un peu.

Arrivé au ravitaillement de Pianellu, je suis rejoint par un Fred Orsoni, visiblement en pleine forme, qui, visiblement heureux de m’avoir rattrapé, me dépasse comme un boulet de canon, et s’envole dans le balcon qui nous ramène à la chapelle Saint Vincent. Diantre, je dois vraiment être à la ramasse pour qu’un p’tit jeune (certes de dix ans mon aîné ;-)) ) parvienne à me mettre une telle raclée. Mais, après tout, seul Corse du JDM, il connaît certainement le terrain comme sa poche, et est probablement bien plus à l’aise que moi sur les sentiers faits de caillasse dans lesquels la course évolue depuis une dizaine de kilomètres… En tout cas, je commence à mieux comprendre ce qu’il avait dans la tête lorsqu’il nous a proposé cette « coursette » à l’automne dernier…

La dernière grosse montée (enfin, à peine 260 m…) nous emmène au Col de Muteri, et j’espère bien en profiter pour revenir sur les pas du ci-devant Orsoni, à qui j’entends bien faire payer son machiavélisme et sa fourberie : après tout, c’est à cause de lui que je galère, dans un environnement magnifique, certes, mais tout de même !, depuis près de 9h maintenant. D’ailleurs, l’approche des 9h de course, en plus de faire sombrer définitivement mes espoirs de boucler l’épreuve dans ce chrono, m’incite à prendre une nouvelle tranche de lonzu, qui me redonne (un peu) de pêche. Ironie du sort, c’est la charmante épouse du Corse fourbe qui me l’a préparée, et c’est en partie grâce à elle que je vais pouvoir, à défaut de le rattraper, le garder en ligne de mire.

La descente sur Perelli se passe un peu mieux que les précédentes, même si je me refais doubler par les deux vétérans, dont François Adobati, V3 « phénomène » de l’épreuve, qui me conseille, au passage d’admirer, avant l’arrivée au village, un abreuvoir à cochons parmi les plus imposants de l’île, installé à l’ombre d’un châtaignier majestueux. Merci l’ami pour cette recommandation à visée culturelle et touristique, que je suivrai quasi-religieusement (après tout, je ne suis plus à une pause photo près ;-)) ).

L’arrivée à ce village, dernier point de ravitaillement avant l’arrivée, me redonne un bon coup de fouet, d’autant plus que la montée vers la Chapelle Sant’Alibertu, est plutôt agréable, toujours sous les arbres, et me permet de revenir pas à pas sur Frédéric, qui fait la course avec un vétéran apparemment en pleine forme. Les deux compères se motivent mutuellement, mais grâce à un soudain regain d’énergie et de motivation, je parviens à les avoir en ligne de mire, quelques dizaines de mètres devant moi, à l’arrivée à la chapelle.

Malheureusement, je sais qu’il faut encore descendre pour regagner Carpineto, et je redoute de me faire lâcher à nouveau. C’est là qu’intervient un de ces retournements de situation si fréquents dans les épreuves d’ultra, où trop de paramètres entrent en jeu pour assurer à n’importe quel coureur, y compris en tête du peloton, une course sans embûche. La fatigue, le coup de fringale ou de moins bien, les crampes, tous ces éléments que l’on ne peut totalement prévenir peuvent faire basculer brutalement une course du paradis à l’enfer et, heureusement, de l’enfer au paradis.

Dans le cas présent, c’est Fred qui voit sa course basculer… du mauvais côté de cette ligne invisible et ténue. Probablement puni par là où son pêché d’orgueil s’est réalisé, il est victime de crampes terribles dans la descente finale vers Carpineto, peu de temps après m’avoir averti qu’il supporterait difficilement que je le double dans une arrivée au sprint dans le village. Alors même que je descends, comme à ma détestable habitude, à un rythme horriblement lent, je parviens ainsi à le déposer sur place, avant même de mettre les pieds sur le bitume. Ouf ! Je l’aurai ainsi vaincu à la loyale bien sûr, mais aussi en respectant les règles du jeu qu’il avait fixées in extremis. Bien fait pour lui ;-)))

Je passe ainsi sous l’arche d’arrivée 10h39’08", 58 km et 3450 m de D+ après le départ de Carpineto, trente secondes derrière le compagnon de route de Frédéric, et six minutes avant ce dernier. Ouf, l’honneur est sauf : j’ai gardé une (courte) avance sur mes camarades JDM.

L’après course
Je suis à peine surpris de trouver Frédérique sur les marches de l’église, car je sais que la barrière horaire à mi parcours a dû être un obstacle sérieux pour elle. Las, elle m’explique que ce n’est même pas là la cause de son abandon. En fait, elle s’est perdue complètement (probablement là où un organisateur est venu m’alerter sur la nécessité de suivre scrupuleusement le balisage. Résultat : arrivée dans un village où les habitants semblaient à peine informés de l’existence de la course, elle a réussi à se faire rapatrier au départ. Dommage, notamment au vu de l’importance des récompenses offertes.

En effet, arriver classée quatrième lui aurait valu, comme à Marc, qui, dernier de la course en 11h25’, finira tout de même cinquième V2, une paire de chaussures de trail Montrail, offerte par Christophe Vatinel, responsable de la marque en France, rédacteur en chef de Trail Attitude (dont il nous a remis un exemplaire consacré à la Via Romana et à l’UTMB 2005), habitant de Boutigny sur Essonne et donc habitué des courses vertes et trails d’IDF et, accessoirement, troisième au scratch et deuxième V1 à Carpineto ce jour là.

A l’arrivée de Fred Orsoni, nous allons profiter des douches de campagne offertes par l’organisation en bordure d’un champ. Marrant ce système de douche branchée directement sur tuyau d’arrosage : l’eau est fraîche, mais le soleil permet de la chauffer à quelques quinze ou vingt degrés. Pas de quoi pavoiser, mais l’occasion, au moins, de se rendre un peu plus présentables (dans mon cas, la crème solaire a, comme à l’habitude, permis à la poussière de se fixer partout…), tout en faisant profiter les villages perchés dans les montagnes environnantes d’un beau point de vue sur nos corps d’athlètes quelques peu courbaturés…

Après la douche, n’ayant pas pris le temps de m’étirer sérieusement après l’arrivée, je décide de me faire masser. Surprise : c’est l’église qui a été réquisitionnée pour abriter le staff médical et les kinés. Pour moi qui fréquente rarement ces lieux saints, j’avoue que la situation est cocasse : un masseur s’occupe avec minutie de mes cuisses et mollets, tandis que je contemple les chefs d’œuvre d’art baroque qui s’étalent sous mes yeux dans la nef de l’église de Carpineto. Tiens, la prochaine fois, je prendrai carrément des photos de la scène…

Après cet intermède agréable, nous assistons, avec Yves qui nous a rejoints à l’improviste, à la remise des prix, où, finalement, seul Marc sera honoré (Fred et moi sommes un poil trop loin dans le classement Senior, et l’erreur de Frédérique l’a écartée définitivement du podium féminin). Le speaker, qui interroge notre V2 préféré, semble surpris que des « parisiens » puissent venir se perdre en Castagniccia. Eh quoi, il ne connaît pas les Orsoni le monsieur ??? ;-)) (visiblement, pas totalement, car même ici Fred voit son deuxième O se muer inlassablement en I. Dur…)

En tout cas, la course est extrêmement bien dotée en terme de récompenses : plus de dix mille euros de primes, plus un grand nombre de lots de valeur, pour une petite centaine de coureurs inscrits, soit au maximum six mille euros d’inscriptions… Ca laisse rêveur !

Dans un autre registre, Pierre Santucci, détenteur du record de la traversée du GR20 en 36h53’04", prévient discrètement une partie de l’assistance : inscrit cette année, pour la première fois, à l’UTMB, il entend bien y réaliser un exploit supplémentaire, et, pour ce, finir dans les dix premiers de l’épreuve. Nul doute que ce montagnard aguerri a largement la caisse pour venir à bout d’une telle épreuve dans un temps canon. Reste néanmoins à voir comment il pourra réagir sur un terrain a priori plus roulant que le GR20… Réponse dans deux semaines…

Après la remise des prix, nous nous attardons dans le village pour profiter du buffet, particulièrement copieux, offert par l’organisation aux coureurs, bénévoles et habitants, pour clore en beauté et dans la convivialité cette belle journée de fête. Les quiches, pissaladières et pizzas sont un régal, surtout pour moi qui ai complètement zappé le mini plateau repas offert aux coureurs après l’arrivée… Je retrouve alors Jean-Paul, fringant, avec sa petite famille : il a fait une très belle course, et me félicite pour mon temps, dont je ne suis pourtant pas particulièrement fier. Je ne m’étais en fait jamais retrouvé dans la seconde moitié du classement sur un trail. Il faut un début à tout, mais j’avoue que cette 28ème place (sur 54 concurrents au départ et 34 à l’arrivée), pas très éloignée de la barrière horaire, m’inquiète un peu, à deux semaines du CCC. Si j’évolue autour du Mont Blanc à ce rythme, il me faudra, là-bas aussi, composer avec ces barrières stressantes…

Heureusement, Marc, qui a terminé l’UTMB l’an dernier, me rassure en soulignant que les chemins empruntés par l’UTMB sont autrement moins techniques que ceux de la Via Romana, et que mon « véritable » niveau se situe bien au-dessus de ce que j’ai réalisé aujourd’hui. J’aimerais le croire, mais sens le doute s’immiscer en moi : suis-je réellement prêt ? Et cette compétition, difficile et éreintante, si près de l’objectif essentiel de ma saison, n’était-elle pas, comme m’en avait averti Atomic JF, une véritable folie ? Pour moi aussi, la fin du mois d’août apportera beaucoup de réponses à ces interrogations quelque peu inquiétantes…

Nous nous éclipsons à la nuit tombée, Yves conduisant les deux Fred et Marc me ramenant. La remontée vers l’endroit où nous avions garé la voiture le matin n’est pas vraiment une sinécure, mais elle se passe mieux que j’aurais pu le craindre. Sur le chemin du retour, nous avons une pensée, en passant à Morosaglia, pour Pasquale Paoli, le fondateur de la première république jamais mise en place sur un territoire appartenant aujourd’hui au territoire national.

Après une nuit de repos bien méritée, nous décidons, le lundi, d’aller fêter nos exploits respectifs dans l’Oliveraie, un restaurant situé sur une colline face à Corte, où nous retrouvons ainsi toute la famille Orsoni. Marc, qui repart en bateau le lendemain d’Ajaccio, nous quitte pour partir dans le sud directement après le repas, tandis que les Lecoanet, qui partent le lendemain également, mais de Bastia, me déposent à Moltifao, chez les Orsoni, qui vont m’héberger jusqu’à mon départ de l’île le jeudi midi.

Le mardi, après le départ des Lecoanet, est une journée de repos, qui fait un bien fou : la semaine en thalasso à Pornic était, mine de rien, particulièrement remplie, et ne m’avait pas laissé le moindre temps libre… Nous décidons de planifier une randonnée dans la Restonica le lendemain, vers les lacs de Mello et Capitello. Las, les prévisions météorologiques, particulièrement mauvaises, nous incitent à la prudence, et le mercredi sera donc une journée farniente. Nous apprendrons ainsi à nous méfier des prévisionnistes, car la journée sera finalement une des plus belles de la semaine, mais, comme il est trop tard pour démarrer la randonnée, nous décidons plutôt d’aller nous baigner vers l’Ostriconi (c’est ma première sortie plage depuis au moins deux ans), puis terminons l’après-midi dans les rues de l’Île Rousse, entre dégustation de glaces (miamm !!!) et shopping.

Reste une difficulté : l’organisation de mon retour sur Paris. Toujours très bien organisé personnellement, j’avais complètement négligé la problématique « ralliement » de l’aéroport avant le décollage de l’avion… Le problème apparaît rapidement : un seul train circule dans le sens Ponte Leccia – Calvi, et il arrive à Calvi un petit quart d’heure avant l’heure limite d’embarquement de mon vol retour. Et, comme la gare et l’aéroport sont distants de sept bons kilomètres, la solution n’est définitivement pas jouable. Tant pis, donc, pour la découverte de ce train qu’on présente comme un des plus pittoresques de France…

Finalement, après avoir envisagé toutes les possibilités (taxi, livreur de fruits et légumes, pompier, infirmière, etc.), Fred et Sabine, qui ont vraiment été aux petits soins pour moi, proposent que Fred me dépose le jeudi matin de très bonne heure à Calvi, avant de partir faire la randonnée que nous avions envisagée pour le mercredi. Je me retrouve donc dans le hall de l’aéroport Sainte-Catherine le jeudi à 6 heures, pour une longue attente de six heures avant embarquement. C’est là aussi que je mesure les apports de la pratique de l’ultra dans la vie quotidienne. Cette attente, sans réel moyen de se distraire (sécurité oblige, je ne peux même pas abandonner mon sac un instant sous peine de risquer qu’il soit détruit préventivement…), se passera finalement bien, dans un état de « zénitude » que je n’aurais jamais envisagé il y a à peine deux ans.

Sitôt arrivé à Orly, dans une grisaille et une fraîcheur saisissantes, je me prépare à repartir immédiatement pour les Alpes, où, entre l’anniversaire de ma grand-mère et le CCC/UTMB, je vais boucler définitivement ces vacances, les plus chargées et les plus dynamiques que j’aie jamais vécues…

L'Castor Junior

2006-06-11 20:15:17 : CR du Trail du Pays de Sully - 11-06-2006 - Rosny sur Seine (Yvelines) - 13 photos - 10 réactions

La der' des der'...

... avant la prochaine bien sûr ;-o).
Nous étions 4 JDM à nous élancer ce matin au départ du Trail du Pays de Sully ( http://site.voila.fr/csmrathletisme/indtrail.htm ), quatrième épreuve du Challenge X'Trem Trail IDF 2006 ( http://challenge.xtremtrail.free.fr/ ). Jean-Pierre Evan s'y rendait par ses propres moyens, tandis qu'Yves Langard venait passait nous prendre à la maison - rendez-vous fixé à 7h00 - pour gagner le fin fond des Yvelines, aux alentours de Mantes.

Arrivés sur place vers 8h00, Yves gare la Langard'mobile, et nous passons retirer nos dossards. Déjà plein de têtes connues : les grandes familles du trail en IDF sont bien là (ASR Trail, l'AESN78 et la doublette Trail91-Mondeville Trail Aventure). Plusieurs concurrents aux visages connus également : Bruno Guerniou, Géraldine Leroy, ainsi que quelques UFOs dont j'ignore toujours les noms... De toute façon, la famille de l'ultratrail est très chaleureuse, mais compte un nombre relativement limité de membres. En tout cas, chaque course est l'occasion de se retrouver avec le plus grand plaisir, et c'est déjà une raison suffisante pour y participer.
Mya et Bamban, de courseapied.net, et capog, emmanueltri, exo, PAT95 et ranchin de Kikouroù sont certainement là, mais je ne les connais (a priori) pas. Une prochaine fois peut-être ?

Après deux passages aux toilettes (des séquelles de la fête de rue trop arrosée d'hier midi ?), nous nous rapprochons de la ligne de départ, pour un dernier briefing. Apparemment, la distance a été raccourcie d'un km (voire...), mais le dénivelé positif cumulé est passé de 1.000 m à 1.200 m (gasp !). Afin de mettre de mon côté toutes les chances de terminer au plus vite, avant les grosses chaleurs du milieu de journée, je me place immédiatement sur la ligne de départ, au milieu des "grands" de la discipline (Jean-Claude Blum, Patrice Denis (le mari de Christine Denis-Billet, ou Bruno Guerniou). Ca fera de bons lièvres ;-o).

9h01 : le départ est donné à coup de pistolet (une première pour moi), et ça part vite, très vite (trop vite ?).
Patrick Caillault, de Mondeville Trail Aventure, part comme une fusée. S'agissant du rival (en toute amitié et dans le plus grand respect mutuel) de papa sur le classement V2 du Challenge, je me glisse dans sa foulée, avec le désir très sournois de lui passer devant pour le ralentir au maximum (niak, niak !!!). Plus sérieusement, sur la Farouch', il avait tourné sensiblement à mon rythme, et je me dis qu'il peut être intéressant de profiter de son expérience remarquable et de sa connaissance du terrain.

Le parcours nous emmène, après un passage au dessus de l'A13, directement dans la Forêt de Rosny, par des chemins qui s'apparentent parfois à peine à de simples sentes. Les noms des parcelles et des chemins laissent rêveur : le Clos Brocard, le Terrier de l'Epine, le Chêne Ragot, le Carrefour du Gouverneur, les Trois Frères, la Frênaie d'Apremont, les Houlettes, le Carrefour Henry, le Terrier de la Ressource et la Vallée des Prés, la Ferme des Huit Routes, les Monts Rôtis, le Carrefour Berri, le Mont du Désert et la Borne Versée, le Carrefour Bayard et les Quarante Arpents.
Le parcours nous emmène ensuite dans les Bois de la Vallée des Prés et de la Houssaye, en passant par l'Aventure (sic) et plusieurs passages à travers champs.
Le retour dans la Forêt de Rosny nous emmène vers la Tortue (re-sic) et le Fond de Charbon, et nous quittons définitivement cette forêt par la Route du Revenant (je suis bien content en tout cas d'en être revenu !), en enjambant à nouveau l'A13, un pont plus loin...
La dernière surprise agréable du parcours se situe dans les Buissons, petite zone boisée en bord de Seine, où se trouve un magnifique belvédère. La redescente sur Rosny s'effectue à travers champs, et nous regagnons le point de départ, l'école des Baronnies, par les ruelles de la ville.

Le soleil et la chaleur accablants m'ont convaincu de prendre un short échancré et un TS sans manche, ainsi qu'une saharienne, et de remplir mon camel bak avec 2 litres d'eau minérale. Je ne le regretterai pas pendant toute la course...

Patrick et moi restons dans un mouchoir (tantôt lui devant, tantôt moi) sur une quinzaine de kilomètres. Il me lâche définitivement dans une descente (ce n'est décidément pas mon fort), et vole vers l'arrivée loin devant (il me mettra finalement 10' dans la vue...). Tant pis pour papa ;-o)

C'est à ce moment là que, juste après avoir expliqué à un coureur qui me demandait comment je connaissais la distance parcourue, mon GPS décide de faire des siennes. Impossible de retrouver le focus avant le ravitaillement du 20 km. Damned !

Les montées et descentes, parfois très raides, ainsi que les virages à 15° s'enchaînent à un bon rythme (environ 11 km/h), avec toutefois de forts ralentissements de ma part dans les descentes les plus abruptes. C'est dans une telle descente que Sonia Semmad, qui fréquente le forum courseapied.net et, accessoirement, a remporté le 16 km d'Auffargis et le 38 km du Trail des Cerfs, et la quatrième place féminine du Marathon de Sénart (son premier !), me dépasse.

Elle chute peu après, mais les messieurs qui courent à son niveau, qui l'ont vue tomber, continuent leur course comme si de rien n'était (nous ne jouons pourtant pas pour les meilleures places...). Carton rouge !! Je la rejoins au ravitaillement des 20 km, où, comme à celui des 10, je bois comme un trou le cola et l'eau fournis par des bénévoles aux petits soins. C'est à ce même ravitaillement qu'un grand gaillard, que j'ai vu marcher depuis quelques kilomètres, cherche le chemin le plus court vers le départ. La chaleur a fait sa première victime.

Nous repartons avec Sonia, et nous ne nous quitterons plus vraiment, toujours à quelques dizaines de mètres au plus l'un de l'autre. Drôle de petit bout de femme : originaire de pays du soleil, elle n'aime pas pour autant la chaleur, qui vient s'ajouter à un rhume récent, un entraînement allégé depuis plusieurs jours et des troubles digestifs pour la brider un peu. Sans celà, elle aurait pu sans difficulté me "scotcher" sur place. Ses difficultés du jour réduiront d'ailleurs sa lucidité au point de la faire chuter à nouveau, derrière moi. Je me propose de l'aider à se relever, mais elle s'en sort très bien toute seule, et reprend, malgré la douleur, son rythme vaillant.

Les chemins à travers champs et en lisière de forêt nous font immanquablement souffrir, et les points d'eau rajoutés in extremis par l'organisation sont particulièrement bienvenus pour rafraîchir les épidermes et les gosiers. On en vient presque à adorer les passages dénichés par le traceur du circuit en dehors même de tout chemin, avec une vitesse de progression ramenée parfois à celle connue en course d'orientation ;-o)

Le passage au ravitaillement du 30ème km, en 2h50', est, pour moi, un cap assez difficile. C'est là que la course commence réellement, et j'ai la désagréable impression que la chaleur m'a déjà vidé de toute énergie. La lassitude me gagne et le rythme s'en ressent. Je marche parfois même sur du plat, et je m'imagine mal pouvoir mener l'aventure à son terme. Mais, la perspective de passer, si je marche, encore plus de deux heures dans ces conditions me convainc que, quitte à puiser au plus profond de moi, je n'ai guère d'autre choix que de courir le plus possible, chaque kilomètre couru, même à 9 ou 10 km/h, me rapprochant bien plus rapidement de l'arrivée.

C'est bien cette volonté, paradoxale, qui me permettra de venir à bout de cette course, la plus difficile pour moi à ce jour. Je repense au Raid 28, au Marathon de Paris, à la Farouch', aux 12 heures de Bures, ou même au Trail du Parc du Gâtinais (mon premier ultra), mais il me semble que toutes ces courses ont été pour moi de la rigolade par rapport à la difficulté du jour.

Heureusement, les bénévoles, courageux eux aussi (ils subissent la chaleur comme nous) nous renseignent peu à peu sur la proximité de l'échéance. "Plus que 4 km" dit l'un, un km avant qu'un autre nous en annonce "encore 4 à 5". On ne peut leur en vouloir (c'est grâce à eux que nous pouvons courir), mais j'avoue que c'est toujours un peu crispant...

Finalement, les bénévoles présents sur le belvédère aux environs du 40ème km nous donnerons les premiers chiffres exacts, certifiés : plus que 2 km (bon, OK, pour une course de 42 km, c'était facile ;-o) ). En tout cas, ça permet de relancer un peu la machine, d'autant plus que les maisons de Rosny sur Seine sont enfin en vue.

Je parviens même à dépasser un ou deux concurrents, et termine au "sprint", les 800 derniers mètres bouclés en 3'36", soit 4'33" au km.
J'ai donc bouclé les 42 km (à peu près, mon GPS m'ayant lâchement abandonné sur ce coup) et 1.200 m de D+ (idem), en 3h56'57", 26ème au scratch et 14ème SH. Ah, s'il y avait comme à Bures une catégorie Senior 1 (- de 30 ans), je serais même premier de cette catégorie ;-o). Apparemment, la folie de l'ultra démarre surtout après la trentaine, voire la quarantaine (Fred, un avis là-dessus ? ;-o) )

Patrice Denis a emporté l'épreuve en 3h10'06", devant l'habitué de Mondeville Jean-Claude Blum (3h14'37") et Vincent Menu (3"16'09"). Tous trois sont V1...

Je me précipite aux toilettes pour me passer la tête et les jambes, et les bras d'ailleurs également, sous l'eau, et apprécie vraiment la bière frâiche et le sandwich que me propose Sandra, l'épouse de Rémy Mercier.

Sonia termine 1', mon père 6' et Yves 25' après moi. D'interminables discussions nous occupent les uns et les autres pendant de longues minutes encore, et nous ne quittons les lieux, toujours sous un soleil de plomb, que vers 14h45', peu après l'arrivée de Jean-Pierre Evan.
La douche à la maison fait évidemment le plus grand bien et, je réalise avec grand plaisir que je n'ai aucun bobo particulier (pas de douleur articulaire ou musculaire, ni frottements douloureux dûs au sac ou au short). Seuls les ongles des orteils déjà bien amochés par mes derniers ultras, continuent à faire grise mine. Ca leur passera lorsqu'ils tomberont ;-o)

En tout cas, après avoir enchaîné 272 km en compétition depuis début avril, je m'accorde deux mois de "repos" bien mérités, et ne reprendrai qu'à la Via Romana le 13 août. D'ici là, quelques courses d'orientation au programme, ainsi que le Trophée Picard début juillet, et des "balades" sportives dans les Alpes (initiation à la haute montagne avec le JDM et Tour de l'Oisans OFF avec Mathias, webmaster de Kikouroù, Serge, webmaster de ce forum, et Nicolas, un autre doux dingue).

L'Castor Junior


2006-05-02 12:21:48 : Post inaugural : CR de la Farouch' - 30-04-2006 - Cheptainville (Essonne) - 0 photo - 5 réactions

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