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2006-08-06 00:25:50 : Jamais mon Forerunner ne m'avait emmené aussi loin... - 05-08-2006 - Saint Jean de Beauregard

Comment faire ses courses en courant, ou le jour où mon GPS a pété les plombs...

Un GPS qui a la nostalgie des Alpes...
Ce matin, je suis parti avec mon père pour un petit footing de décrassage (environ 15 km de prévu pour mon père en récup' de sa sortie de 66 km aux sources de l'Yvette et de la Bièvre la veille, soit probablement une bonne vingtaine de kilomètres au final...). Direction, comme souvent le samedi, Saint Jean de Beauregard, où nous croisons régulièrement de bons amis.
J'avais bien pris soin, avant de partir, de laisser mon GPS Garmin Forerunner 205 rechercher, bien immobile sur le muret de la maison, un maximum de satellites afin d'avoir la meilleure précision possible dans le tracé. Les premiers hectomètres se déroulent sans problème (cette deuxième semaine sans entraînement hors week-end depuis le Tour de l'Oisans m'a visiblement permis de recharger mes batteries), et je me sens dans mes nouvelles Asics Gel Nimbus VII, achetées pendant les soldes et étrennées ce matin, comme dans des chaussons. L'amorti qu'on m'avait tant vanté est bien là, et me fait même ressentir brièvement une petite douleur au tibia, rapidement envolée.
Je me délecte de cette sensation de bien-être qui s'est emparée de mes pieds, et ne jette que de brefs et rares coups d'œil à mon GPS de poignet, qui fonctionne semble-t-il sans encombre. Un point toutefois m'intrigue : l'altitude, que je lui demande de m'afficher depuis mes tribulations alpines, semble s'emballer : 100 m au bord de l'Yvette (normalement 50 m), puis 150, 200, 300, 450 m... Quelque chose ne tourne visiblement pas rond. L'analyse a posteriori des points du tracé (cf. séance Kikouroù en cliquant sur le premier graphique) montrera que le GPS a enregistré une ascension jusqu'à près de 4500 m !!!
Effectivement, le kilométrage commence lui aussi à vaciller : la distance parcourue baisse sans cesse, et je me retrouve, environ 2 km après le départ, avec une distance affichée de... zéro. Aïe, aïe, aïe. Cela m'irrite d'autant plus que je ne suis, pour l'heure, passé dans aucun endroit où la visibilité n'était pas totale...
Je mise sur un retour à la normale qui viendrait seul, comme cela m'est déjà arrivé par le passé, mais constate, dépité, en arrivant à Mondétour, qu'il n'en est rien. Je préfère donc m'arrêter quelques instants pour laisser le temps à la bête de renouer le contact avec les satellites. Papa me dépasse alors, mais je n'en ai cure : je le rattraperai bien assez tôt !
Las, au bout de quatre minutes passées immobile dans la rue (les riverains commençaient à me regarder bizarrement...), toujours rien. Je reprends donc la route, en traversant le CD35 (un passage dangereux que je déteste), pour retrouver mon père devant l'entrée des jardins familiaux des Ulis. Il entame le tour de la boucle de Saint Jean de Beauregard (4 km), dans le sens horaire, comme à son habitude, tandis que je lui confirme que je prendrai le sens inverse, afin de pouvoir, le cas échéant, rabattre les coureurs rencontrés en chemin.
Mais, têtu comme une mule, je décidé d'attendre que mon GPS ait repris ses marques (il m'indique alors 21,5 km, alors que je n'ai pas dû en faire plus de cinq...) avant de repartir. Il faudra encore plus de trois minutes avant que l'appareil ne se décide enfin à communiquer à nouveau avec les satellites. Je commençais à prendre froid...
Avec tout ce retard, je croise mon père avant même de parvenir au Château, et nous décidons, n'ayant croisé personne, de prendre la direction de la Brosse. Nous suivons donc le GR du Pays du Hurepoix à travers les chemins agricoles, jusqu'à la Mare sans Fond. Là, nous reprenons plein Nord vers le CD35 et la zone d'activités des Delâches, puis rejoignons la piste cyclable qui mène aux Ulis à hauteur de Saint Clair. Nous suivons la piste jusqu'au centre commercial Ulis 2, en passant derrière le Lycée de l'Essouriau.
Faire ses courses en courant, ou comment inquiéter les vigiles...
Le passage par le centre commercial et son vaste parking, un samedi matin, même en période de vacances, n'a rien de franchement sympathique pour un coureur à pied, surtout quand les environs offrent tant d'alternatives agréables à travers champs et forêts.
Mais, à la veille du départ pour Pornic, il me reste quelques courses de dernière minute à faire, et je me suis dit que ce serait l'occasion de lier l'utile à l'agréable. Je rentre donc dans le centre commercial en tenue de coureur (short, TS, chaussures, porte bidons, GPS et cardio), et en trottinant.
Les vigiles me dévisagent d'un air incrédule, tout comme bon nombre de clients pour qui le mot course ne se décline visiblement qu'au pluriel...
Je rencontre, au détour d'un rayon, Valérie, une amie d'enfance, et son mari, qui reviennent, eux, de vacances.
Une fois mes achats faits, je me dirige vers ces nouvelles caisses installées récemment, où c'est au client de scanner lui-même ses articles. Belle prouesse technique (quoique...), mais j'avoue être sceptique devant la véritable utilité de ce genre de machines dont le principal mérite semble parfois de permettre de remplacer un salarié par un robot... M'enfin...
Une fois mes achats réglés, et toujours sous l'œil intrigué des vigiles, je repars, sac à la main, en trottinant jusque sur le parking, où je retrouve mon père parti acheter des ampoules de rechange pour permettre à ma petite Clio d'obtenir enfin, au rattrapage, son contrôle technique...
Je le déleste donc de son achat, que je mets dans mon sac plastique déjà bien rempli, puis l'abandonne pour tenter de faire tourner les jambes un peu plus vite sur le retour au bercail.
Oh, quand je dis un peu plus vite, ça n'a rien d'extraordinaire (entre 12 et 13 km/h en descente), mais ça me fait un bien fou et me rappelle qu'il en faudra pas tarder à reprendre l'entraînement de fractionnés si je ne veux pas me diéséliser totalement avec toutes mes sorties longues et lentes passées et à venir...
Au final, j'arrive à la maison moins de cinq minutes avant le paternel, qui ne s'en laisse décidément pas compter par les p'tits jeunes...

Bilan de cette petite sortie interrompue par de nombreuses pauses : 2h17' pour 19,3 km et 212 m de D+.

Ce dimanche, je pars pour mon stage Thalasso / Course à pied à Pornic, et repasserai en coup de vent en fin de semaine avant de m'envoler pour Calvi, afin de participer, avec plusieurs JDM et à l'invitation de Fred, à la Via Romana ( http://www.trail-viaromana.com ) : 58 km et 3300 m de D+. Ce sera mon dernier gros entraînement avant le Courmayeur - Champex - Chamonix ( http://www.ultratrailmb.com ) de fin août : 86 km et 4500 m de D+.
Je serai donc moins présent dans les semaines à venir.
Bonnes vacances à celles et ceux qui partent, et bonne reprise à celles et ceux qui reprennent déjà le chemin du boulot !

L'Castor Junior

Les réactions

Par serge, le 2006-08-06 02:04:31
quel fainéant ton GPS, il aurait pu te faire passer la barre des 4810m plutot que s'arreter à 4500 :-)

Par L'Castor Junior, le 2006-08-06 02:40:06
Tu as parfaitement raison serge, mais je n'ose pas le lui dire, car il y a déjà du progrès. La dernière fois, il avait mis plus de 6 heures pour m'emmener pile à 4810 m. Là, en dix minutes, les 4500 m étaient bouclés ;-o)
En tout cas, heureusement que celui de Mathias ne lui a pas fait le coup à l'époque ( http://www.kikourou.net/recits/recit-1442-ascension_ilinizas_norte_equateur-2006-par-mathias.html ) ;-o)
Sinon, dans ta sortie de lundi, j'ai l'impression que c'est ton cardio qui a fait des siennes sur la fin, non ?

Par mielou, le 2006-08-06 15:31:00
en parlant de vent
tu risques d'en avoir un peu sur pornic !
bon trip à calvi
un promeneur du bois de vincennes

Par Cestpasmoi, le 2006-08-07 09:22:17
Peux-tu m'en dire un peu plus sur le stage thalasso-CAP ? Je m'y vois déjà là :-)))

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2006-08-05 00:48:25 : Reprise après le Tour de l'Oisans - Sortie JDM inédite vers Marcoussis - 30-07-2006 - 0 photo - 7 réactions

Ne jamais suivre mon père pour faire une sortie longue... courte

Après une semaine de repos sportif complet consécutive à notre Tour de l'Oisans OFF en quatre jours, je décidai de rechausser les running ce dimanche, à l'occasion de la traditionnelle sortie longue du JDM.

Partis un peu tôt (8h30) pour le rendez-vous de 9h00, papa et moi décidons de rallonger un peu l'approche en passant par le Bois de la Guyonnerie, rajoutant ainsi un petite côte et un petit kilomètre aux quatre nécessaires habituellement pour rallier le stade Chabrat.

Malgré cette période de vacances, je pensais trouver les Montambaux et Marc Richard-Foy, mais nous ne voyons arriver personne, même après que les cloches ont sonné leurs neuf coups pour la seconde fois.

Nous nous apprêtons à partir en solitaire lorsqu'un coureur s'approche : Jean-Pierre Evan, JDM électron libre, armé de son GPS Magellan Explorist et de la carte du désormais célèbre circuit Jean-Luc Doignon (1500 m de D+ autour de Bures, si, si...). Notre ami s'entraîne, seul et à son rythme toujours tranquille, sur les traces de JLD, en guise de préparation pour le Trail 91.

Nous discutons et sommes bientôt rejoints par Bernard Depont, toujours incommodé par les séquelles d'une sciatique, mais bien décidé à nous accompagner pour cette sortie dominicale. Nous abandonnons donc Jean-Pierre, et partons, à trois, vers le plateau des Ulis, pour changer un peu des parcours usuels davantage tournés vers les vallées à l'ouest de Bures.

Nous nous égarons un instant dans les lotissements de la Roseraie, puis reprenons la direction de la Coulée Verte, vers le Viaduc conçu, à l'origine, pour porter la voie ferrée Paris-Chartres, et aujourd'hui entièrement tournée vers la pratique de l'escalade (petite pensée pour Nicolas, un de mes partenaires sur le Tour de l'Oisans, fan d'escalade blessé en ce moment, qui m'avait dit connaître ce "spot"). Nous traversons Gometz-le-Châtel en direction de Gometz-la-Ville, où nous suivons le GR du Pays du Hurepoix jusqu'à La Brosse, avant de continuer à travers champs, sur la plaine de Frileuse, vers Janvry.

Nous marquons une pause au cimetière, le temps que Bernard recharge son bidon, puis passons sous l'A10 et les voies du TGV atlantique en direction de la Ferme de Marivaux. Les cyclistes qui nous doublent alors nous saluent d'un amical "Allez les sportifs !".

Nous prenons ensuite la direction de la Plaine du Déluge, vers l'est, et sommes mouillés par les premières gouttes de pluie dès notre entrée dans le Bois du Déluge... Ces trois gouttelettes ne nous empêchent cependant pas de parvenir rapidement à la station service de la Francilienne, sous laquelle nous passons par un petit tunnel sec, mais qui nous amène sur un chemin, à l'est, totalement inondé. Il l'est, semble-t-il, presque en permanence, et une trace durable sur le talus avoisinant montre que la plupart des coureurs évitent de se tremper les jambes dans cette eau stagnante et saumâtre.

Las, ce chemin de secours est envahi d'orties qui ne manquent pas de nous chatouiller les jambes avec un pouvoir urticant marqué. Il paraît que c'est bon pour la circulation sanguine... J'en doute un peu...

Nous suivons un bout de route dans la zone industrielle, puis traversons la Plaine de Beauvert, à Marcoussis, en coupant au travers des champs fraîchement moissonnés.

Nous prenons ensuite la direction du Bois des Carrés, avec une côte bien casse-pattes qui achève un Bernard déjà mal en point. Au moins ce passage est-il agréable, dans les bois, autour du centre de loisirs des Ulis qui a pris le relais de celui, au Bois Persan, que je fréquentais gamin.

La suite du parcours est moins agréable, le long de la N446, en direction du "Ring" de Courtaboeuf à la Folie Bessin. Je choisis de le contourner par la droite, en réduisant au maximum les passages dangereux, tandis que mon père et Bernard prennent au plus court, à gauche.

Nous abandonnons Bernard qui rentre directement sur son plateau, et je fausse compagnie à mon père, à sa demande, pour rentrer au plus vite au bercail, en en profitant pour accélérer un peu le rythme de cette sortie longue mais lente. Je prends la piste cyclable qui longe la N118, et décide, arrivé au Nord de la N188 dans le Bois de la Cyprenne, de prendre un raccourci dans la pente.

Las, je pars trop à l'ouest, et me retrouve coincé derrière les murs de la résidence universitaire qui jouxte le Lycée Blaise Pascal, où j'ai passé mon bac il y a déjà plus de dix ans (ça ne nous rajeunit pas...).

Pas grave, mais ce détour imprévu m'oblige à traverser le centre-ville d'Orsay pour regagner le bord de l'Yvette, où je décide, peut-être toujours mordu par le dénivelé suite à mon périple en Oisans, de remonter vers le Bois des Rames pour une dernière belle petite côte, avant la traversée de la N118, au niveau du passage de Corbeville, et le retour au bercail.

Bilan de cette petite sortie de reprise : 3h29' pour 30 km et 507 m de D+.

Cette semaine sera à nouveau marquée par un repos complet, jusqu'à ce samedi, veille de mon départ à Pornic pour un stage Thalasso / Course à Pied qui devrait faire le plus grand bien.

L'Castor Junior

2006-08-04 11:46:41 : [HS] Une rencontre impromptue avec un coureur d'ultrafond... - 0 photo - 15 réactions

Drôle d'endroit pour une rencontre...

Le monde de l'ultrafond est décidément paradoxalement bien petit !
Ce matin, je feuilletais sur le quai de la gare RER le numéro d'UFO Mag ( http://www.ultrafondus.com ) consacré à l'UTMB 2005, que mon père avait reçu après sa participation l'an dernier.
Petit détail marrant, c'est le premier numéro où j'apparaissais (en photo avec mon père, page 63, pour illustrer l'article du Sanglier sur le Trail 91), à l'occasion de mon tout premier ultra... Tout jeune et déjà dans la famille ;-o)
Bref, je feuilletais le magazine #25, lisant, ou plutôt relisant, l'article d'Alain Corgier sur les 6 jours d'Erkrath, qui relatait la course de Fredou, un UFO, lorsque quelqu'un me tape sur l'épaule : Claude Hardel, circadien de choc et presque voisin, membre du JDM, comme moi, et mon capitaine sur le Raid 28 2006.
Il me taquine, croyant à la vue de la couverture que je révise une dernière fois les règles de base du candidat à l'achèvement du Tour du Mont Blanc dans des délais courts (en fait, je vais me contenter cette année du déjà costaud CCC...).
Je lui explique qu'en fait, je suis surtout focalisé sur l'article des 6 jours, car Fredou, que j'ai rencontré par hasard avec mes compagnons du Tour de l'Oisans OFF au Désert en Valjouffrey (il fallait le faire, dans ce coin perdu entre Isère et Hautes-Alpes, au nom évocateur...), fait partie de ces personnages que l'on a envie de connaître davantage.

Et là, tout s'enchaîne :
Claude me parle du défi fou de Fredou, la Transislande ( http://transislande.blogspot.com/ ), que lui-même envisage de faire un jour (fin juillet serait, apparemment, plus propice en terme de conditions climatiques que le mois de juin).
Il me parle aussi des 24 heures d'Arcueil, où Christine Bodet m'a déjà dit, lors des 12 heures de Bures, qu'elle serait ravie que je l'assiste pour parvenir à passer les 200 km, et que plusieurs UFOs ont, je crois, inscrit à leur calendrier.
Nous évoquons également son 100 km du Morvan, gagné, d'après ses dires, presque par hasard (il voulait surtout se retester sur du "court"), malgré un profil particulièrement exigeant et des conditions climatiques peu favorables. J'avais découvert sa participation, et son résultat, en lisant, a posteriori, le suivi en "direct live" de la participation de ƒred sur ce forum.
Il m'interroge aussi sur notre périple, avec Mathias, Serge, Nico et Michel, autour de l'Oisans sur 4 jours ( http://www.kikourou.net/calendrier/course-7540-tour_de_l_oisans_-_etape_1-2006.html ). Il sait, pour l'avoir couru il y a quelques années, que le Défi de l'Oisans a lieu en ce moment.

Bref, par le plus grand des hasards, et grâce à cet UFO mag que j'avais entre les mains, plusieurs courses, projets, rêves, personnages et copains se sont entremêlés dans les dizaines de minutes qu'ont duré nos échanges.

Décidément, le monde de l'ultrafond est petit, mais c'est bel et bien une grande et belle famille !

L'Castor Junior

2006-08-03 02:01:02 : Tour de l'Oisans - Étape 4 - Refuge de la Muzelle - Le Chazelet - 23-07-2006 - 0 photo - 14 réactions

Quatrième et dernier jour : la victoire en marchant

Où Michel joue la sagesse et la prudence
Après une nuit courte, dans le confort spartiate du dortoir à 30 lits du Refuge de la Muzelle, nous nous réveillons à 6h30, pour prendre le petit déjeuner. Même si je me rappelle parfaitement les conseils d'Olivier, mon guide pour l'ascension du Mont Blanc, qui nous incitait à préférer le thé au chocolat chaud dans les refuges (à cause du lait en poudre), je décide de tenter le coup et commande, comme Serge, un chocolat chaud. Beurk ! La boisson est insipide, et des grumeaux de poudre de lait trônent au fond du bol. Mauvaise pioche... Tant pis, je me rabats sur les tartines de beurre, comme tous les matins. Serge, lui, ne remarque rien. Cet homme est vraiment bizarre ;-o)

L'autre tartinage rituel (crème anti-frottements sur les pieds et crème solaire sur les bras, jambes, visage et cou), est rendu moins agréable par l'absence de douche la veille. Cette dernière étape sent forcément l'écurie, et nous ne devons pas être en reste... Mais, une fois de plus, TUROOM ?
Mes compagnons s'impatientent : ma séance de "maquillage" prendrait trop de temps. Oups... Je tente de limiter les dégâts en me chaussant et en mettant mon sac le plus vite possible, de telle sorte que je peux rattraper Michel, Nico et Mathias, partis quelques instants avant. J'enclenche mon S710i et mon FR205 à 7h10. Seul Serge, qui ne démarre jamais sans quelques étirements, est resté derrière.

Il ne tarde toutefois pas à me dépasser : j'ai un mal fou à avancer ce matin. Est-ce le chocolat qui passe mal, ou bien plutôt la fatigue cumulée sur les trois jours précédents qui commence à se faire sentir ? Je penche plutôt pour cette dernière solution, ce qui ne va pas sans m'inquiéter un peu : l'étape du jour, si elle ne présente pas le profil le plus difficile, reste néanmoins longue (probablement plus d'un marathon, une fois de plus).

En plus, je dois composer avec des lacets noués trop vite, donc mal, et un sac mis sur le dos si vite que je ne parviens pas à récupérer la pipette du CamelBak. Ah, que je déteste ces départs à la va-vite...

Je monte néanmoins les 416 m qui nous séparent du Col du Vallon, à 2531 m, en 40', soit plus de 620 m/h. Décidément, les copains sont partis bien vite. Ont-ils mangé du lion ou sont-ils dopés par la perspective d'en finir enfin ?

En tout cas, je ne prends pas le temps de m'arrêter au sommet, et entame, selon un rituel désormais bien établi, la descente sans attendre mes camarades. Elle n'est pas des plus difficiles, mais reste toutefois assez technique, du moins pour le piètre descendeur que je suis. Comme d'habitude, Michel, Nico, Mathias puis Serge, pourtant partis après moi, me doublent assez rapidement, et je finis la descente qui mène au lac, magnifique, du Lauvitel, à un rythme de vraie tortue... Il m'aura fallu près de 50' pour descendre les 1000 m. La marge de progression reste conséquente...

Je m'arrête 8' pour tenter quelques clichés de ce lac très prisé des randonneurs, car relativement facilement accessible depuis Vénosc et le Bourg d'Arud, puis entame la descente vers la Danchère, le bourg situé, en bas de cette variante du GR54, sur les rives du Vénéon. Comme d'habitude, les fusées Michel, Nico, Mathias et Serge me dépassent bientôt. Rien à faire, le chemin a beau être, selon les termes de Michel, une "autoroute à randonneurs", les nombreuses zones remplies de pierres de toutes tailles me ralentissent irrépressiblement. A une intersection, je retrouve Mathias, qui ne m'a pris, d'après ses dires, que 3'. Il s'interroge : nos amis ont-ils pris le bon chemin ? Aucun des randonneurs montant en sens inverse n'a vu un groupe de cinglés, ni même un seul, descendre en courant. Nous décidons tout de même de leur faire confiance, et continuons la descente, jusqu'à une auberge de plein air, où nous les trouvons, tranquillement attablés, en train de boire : Michel et Nico sont au coca, tandis que Serge siphonne peu à peu sa poche à eau remplie de Maxim goût orange.

Nous profitons de ce moment agréable, au frais malgré un soleil déjà puissant, pour nous ravitailler et discuter une dernière fois tous ensemble, car nous savons que Michel a fait le choix, plus sage vu ses objectifs pour l'UTMB, de retrouver sa voiture en faisant du stop, ce qui lui permettra par ailleurs de retrouver sa petite fille au plus vite. Certes, il a laissé quelques affaires dans la Mathiasmobile, mais Mathias et moi pourrons les lui déposer sur Grenoble le lendemain, lorsque Mathias me déposera à la gare. En comptant le remplissage de nos poches à eau, nous aurons tout de même passé 25' dans ce lieu bucolique. Eh, les amis, n'oubliez pas qu'on a du chemin à faire aujourd'hui, nous rappelle Mathias...

Nous descendons donc (encore !) sur les Escallons, par un chemin de terre bien large où je peux, fait exceptionnel, mener la danse avec Michel. Ce dernier nous quitte finalement sur la route que nous atteignons après le pont sur le Vénéon. Il nous faut donc nous résoudre à voir la puissante locomotive nous abandonner. Quoi qu'il en soit Michel, ta présence à nos côtés, sur ces 3 jours et quelque, aura été des plus agréables, et m'aura personnellement particulièrement touché.

Le GR50 ou l'évitement des Deux Alpes
Nous optons ici pour le GR50, qui nous permet d'éviter le paysage bien peu naturel de la station des Deux Alpes, en nous faisant passer par des zones boisées bien plus agréables. L'ascension jusqu'au Sapey débute après cinq cents mètres sur la route où nous avons quitté Michel, d'abord sur un terrain schisteux complètement à découvert. Il n'est que 10h10, mais la chaleur est déjà difficilement supportable. Je parviens à suivre Nico sur une bonne partie de la montée, puis me fais distancer par lui et dépasser par Serge. Mathias, en revanche, semble souffrir à nouveau. Je pourrais l'attendre, mais préfère capitaliser sur mon retour de forme relatif, comparativement à la première ascension de la journée. La fin de la montée est d'ailleurs bien plus confortable, sur un sol de terre qui passe souvent sous des arbres au feuillage protecteur. Je suis tellement heureux de cette fraîcheur que j'hésite même à marcher, afin de ne pas perdre une seconde de ces précieux instants. Je retrouve Nico et Serge assis dans l'herbe à l'ombre, à proximité d'une petite fermette abandonnée. Hélas, pas une trace de point d'eau à l'horizon.

Nous décidons d'attendre Mathias, et j'en profite pour me ravitailler en solide. Mathias, arrive finalement assez rapidement (encore un de ses retours "boulet de canon" de derrière les fagots !), et nous confirme, à l'intersection suivante, qu'il faut prendre le chemin de droite, qui doit nous faire monter d'encore 140 m environ.

Las, nous ne faisons que descendre. Avons-nous raté le bon chemin ? Il est de toute façon trop tard pour faire demi-tour, et nous continuons en suivant le large sentier, bien roulant, qui nous emmène finalement au lieu-dit La Faurie. Ma cheville droite commence à se rappeler à mon bon souvenir. Pas d'entorse, mais une sensation à mi-chemin entre la gêne et la douleur. Je préfère donc assurer, et me contente de suivre, de loin, Mathias. Un coup d'œil rapide sur la carte nous permet de voir qu'il nous suffit de descendre sur Bons pour retrouver le GR. Nous profitons d'une fontaine pour recharger nos poches à eau, puis continuons la descente, toujours très roulante, sur Bons, seulement entrecoupée d'une petite bosse avant le Ponteil.

Arrivés à Bons, nous ne prendrons pas le temps d'aller observer la Porte Romaine, apparemment un beau vestige de la présence romaine dans la région. Nous ratons le GR qui descend vers le Freney d'Oisans, et nous retrouvons sur une longue portion de route, peu agréable car à forte circulation, qui traverse Mont de Lans en direction du Barrage du Chambon, où Michel nous a indiqué qu'il y avait une buvette très appréciable. Je profite néanmoins de cette portion pour détendre un peu les jambes en soulageant la cheville, et me paie même le luxe d'aller à plus de 10 km/h (j'ai d'ailleurs l'impression, sur le moment, d'aller bien plus vite...).

Frites et coca, ou le ravitaillement idéal du coureur d'ultrafond
Nous apercevons heureusement, dans un virage, un sentier qui descend directement sur le lac, ce qui nous permet de quitter enfin la voie des automobiles et de retrouver un terrain plus naturel. La circulation automobile assez forte nous dissuade finalement de nous arrêter au barrage, et nous suivons l'avis sage de Serge, qui nous recommande de privilégier un arrêt à Mizoën, petit village dont le clocher surplombe la route et le lac. Il faudra tout de même 9' pour monter les 100 m qui nous séparent du village, où se tient une foire à tout. Mathias semble complètement cuit, et je n'en mène pas bien large moi non plus. Serge nous a dégotté une petite auberge au pied de l'église, où nous pouvons enfin apaiser notre soif. Nous commandons un nombre incalculable de Cocas, et, notre fournisseur officiel de saucisson ayant pris la poudre d'escampette, je suggère que nous commandions un peu de nourriture salée. Las, la gérante nous oppose une fin de non-recevoir (elle ne peut rien nous préparer en raison de la foire qui lui a amené 80 couverts). A force d'insister (je lui demande des cacahuètes ou des chips), elle finit par accepter de nous amener, à prix d'or, deux assiettes de frites bien salées. Certes, ce n'est peut-être pas là le ravitaillement idéal, mais, vu l'ascension qui se dessine au loin pour monter sur le Plateau d'Emparis, et vu le soleil qui ne semble pas vouloir perdre en intensité, je suis persuadé qu'un apport de sel est vital.
Nous resterons finalement près d'une heure à la terrasse de cette auberge, et les frites se rappelleront visiblement au bon souvenir de Nico, sans que cela le perturbe trop pour autant.

Nous reprenons le GR50 en direction du Plateau d'Emparis, avec une montée raide sur le Refuge des Chatons, en passant par un hameau du village de Singuigneret. Hélas, ce refuge est fermé, sans le moindre point d'eau alentours. Je rejoins Nico et Serge, arrivés avant moi, et nous attendons Mathias, que la longue pause de midi n'a semble-t-il pas complètement requinqué. Il nous faudra donc continuer, sous le cagnard, sans possibilité de reconstituer nos réserves d'eau.
Nous continuons l'ascension vers le plateau d'Emparis, nous arrêtant à un abreuvoir à vaches ou seul Serge refusera, par prudence, de boire. Le parcours sur le plateau est particulièrement agréable : les terrains minéraux ont laissé la place à de belles terres d'alpage, et la vue sur la barre des Écrins est splendide. Je regrette seulement qu'un amoncellement de nuages m'empêche de voir assez loin au nord pour éventuellement apercevoir les Aiguilles d'Arves que j'aime tant, ne serait-ce que parce qu'elles dominent le village de mes grands parents paternels, face au Mont... Charvin !

Le groupe se disloque quelque peu, au gré de l'état de chacun après ces presque quatre jours de rando-course. Serge est loin devant, suivi de près par Nico, que j'aperçois à peine à l'horizon, et Mathias est invisible derrière moi. Je retrouve finalement Nico à hauteur des Chalets du Fay, où Serge a décidé de rallier la bâtisse la plus éloignée du chemin pour se recharger en eau. Pour ma part, je tente ma chance auprès du premier refuge, à l'abord certes peu avenant (deux molosses délaissés montent la garde devant une caravane largement attaquée par la rouille. La gardienne accepte de me remplir ma bouteille de 50 cl, dont je bois la moitié, et offre l'autre à Mathias, qui a rejoint Nico entre temps.

Nous repartons donc groupés pour la dernière grosse montée qui nous mène au Col du Souchet à 2365 m. Mathias, qui croit reconnaître la fin du parcours du Tour du Plateau d'Emparis, nous annonce qu'il ne nous reste plus que 4 km. Il était un brin trop optimiste, mais on sent tout de même que l'on touche au but. Je passe un mouchoir à Serge, qui saigne du nez, et nous repartons en direction du Chazelet. Nous croisons un groupe de jeunes au sein duquel une jeune fille, nous voyant courir, nous lance, dans une "minute blonde" que la fatigue accumulée rend un peu pénible :
"Eh, quoi, vous avez peur de rater votre train ? Hihihihihi....". No comment...

Le terrain roulant, et bientôt la vue au loin de notre destination finale nous redonnent le moral et un bon coup de peps, et Mathias et moi, restés derrière Nico et Serge, nous lançons dans un sprint tout relatif, à plus de 8 km/h, sous les téléskis, jusqu'au pont sur le Gà, et nous apercevons quelqu'un (Nico en fait) qui court sur la dernière montée jusqu'au centre du Chazelet. Nous nous contenterons, pour notre part, de marcher sur ces dernières centaines de mètres sur le bitume. J'accélère seulement pour immortaliser la belle revanche de Mathias sur ce Tour de l'Oisans magnifique mais extrêmement exigeant. Ce dernier, quant à lui, photographie les dernières marques au sol du Tour du Plateau d'Emparis : 100 m, puis 50, puis la ligne d'arrivée, où nous arrêtons nos chronos.

Bilan de la journée : 10h42' pour 42,7 km et 3142 m de D+.
Bilan cumulé de ce Tour de l'Oisans en quatre jours : 41h24' pour 177,1 km et 13083 m de D+.

Le repas du guerrier
Nous retrouvons, au Gîte Jacquier, Nico et Serge, et le propriétaire, sa fille et son gendre, qui sont revenus victorieux de leur ascension de la Meije. Décidément, ce long week-end aura été celui des exploits !
Avant de filer prendre une douche bien méritée, et probablement d'utilité publique, nous descendons un dernier litron de Coca, voire, l'épreuve étant terminée, d'Orangina, ce qui fait, une fois de plus, un bien fou.
Une fois douchés et changés, nous filons sur la Grave en Mathiasmobile, afin de fêter notre succès commun dans un restaurant de ce village touristique. Nous paniquons presque lorsque les deux premiers lieux visités affichent complet, mais nous finissons par nous attabler à l'intérieur de la Meijette, où nous optons tous pour un menu complet, Mathias et moi prenant même l'option "gros mangeur" : salade composée, crêpe au fromage, pavé d'agneau, fromage blanc et dessert. Il faut dire que, lorsque je m'étais regardé dans la glace après la douche, j'avais bien vu que ces quatre jours ne m'avaient pas franchement remplumé...

De retour au gîte, après avoir craint un instant de devoir pousser la Mathiasmobile enrouée dans la montée, nous jetons un coup d'œil rapide aux courbes cardio/alti de Mathias, à ses photos et aux miennes. Que de souvenirs, déjà !
Mais, la fatigue aidant, tout de même, nous filons rapidement au lit, et passons une excellente nuit, largement méritée, avant de partir assez tôt le lendemain (mon train part de Grenoble à 10h30, et nous devons passer ramener ses affaires à Michel), non sans nous être délectés du petit déjeuner préparé par la fille du propriétaire du gîte.

Épilogue
Que retenir de ces quatre jours passés dans l'Oisans, à l'invitation de Mathias ?
A titre personnel, je suis forcément extrêmement satisfait d'avoir pu aller au bout du périple. Comme mes camarades me l'ont dit, avec une absence totale d'expérience de la moyenne montagne, ce n'était pas gagné d'avance. Heureusement pour moi, la plupart des éléments qui conditionnent souvent le succès dans les épreuves d'ultra étaient bien orientés : une organisation au top (merci Mathias), aucune blessure ni douleur sérieuse, aucun problème digestif, des conditions climatiques parfaitement adéquates, et un mental qui ne s'est pas dérobé devant l'inconnu et les difficultés passagères.
De plus, l'expérience, la gentillesse et la patience de mes compagnons d'aventure m'ont, dès le départ, rassuré et encouragé à tout donner pour aller au bout de l'aventure.
Si je place cette escapade dans le cadre de ma préparation au CCC, je pense avoir appris, ou confirmé, beaucoup de choses :
- je maîtrise enfin un minimum l'utilisation des bâtons, autant grâce à la pratique obligatoire pendant ces quatre jours que grâce aux judicieux conseils donnés par Serge ou Michel,
- je comprends mieux à quoi peuvent correspondre les 4500 m de D+ du parcours de fin août, avec de longues montées et de tout aussi longues descentes,
- je pense avoir progressé (si, si.. Un peu !) dans le domaine de la descente,
- j'ai pu tester un nouveau rythme d'alimentation (1 barre toutes les deux heures, au lieu d'une toutes les 75' habituellement),
- les courses à étapes ne me font plus réellement peur.
Ma prochaine, et dernière (!) grosse sortie avant le CCC sera, le 13 août, la Via Romana à Carpineto, en Corse : 58 km et 3500 m de D+, que je compte effectuer à une allure tranquille, deux semaines avant Courmayeur. D'ici là, le planning devrait être plutôt calme, comme il l'a été depuis la fin du Tour de l'Oisans (une seule sortie, ce dimanche : 30 km et 500 m de D+ dans cette région parisienne que j'avais presque oubliée...).

Quant à mes compagnons dans cette aventure un peu folle, ils ont tous repris leur rythme habituel :
- Mathias, qui ne fait jamais dans la demi-mesure, a enchaîné dès le mercredi avec une rando de 11h pour 30 km et 1566 m de D+ dans le Vercors ( http://www.kikourou.net/entrainement/ficheseance.php?id=34955 ), et part en fin de semaine en Corse pour boucler le GR20 en cinq jours. Attention tout de même à ne pas te griller complètement avant l'UTMB !
- Serge, que sa soif de D+ n'a pas lâché, a enfourché son vélo puis chaussé ses running ( http://www.kikourou.net/entrainement/navigation.php?init=1&kikoureur=44&navmois=7 ) pour continuer sa course folle en tête du classement du D+ de Kikouroù.
- Nico et Michel, les deux plus puissants pour cette édition 2006 de l'UTMB, se sont retrouvés avec d'autres UFOs ce week-end pour une autre sortie un peu folle, avec quelques coureurs du dimanche (!) comme Vincent Delebarre ( http://www.skitour.fr/blog/theo73-le-stef/522-trail-des-amis-tournette-et-cie ). Hélas, Nico s'est abîmé la cheville lors de cette escapade, et va devoir faire du jus pendant au moins deux semaines. Pas glop... Michel, quant à lui, a semble-t-il une fois de plus bien géré cette sortie préparatoire. Le talent et le sérieux devraient lui permettre de briller cette année encore : il le mérite à tous points de vue !

Voili, voilou... Prochaine étape importante donc : la Via Romana, avant le CCC fin août. Les CR seront probablement plus longs à venir, mais je ferai de mon mieux !

L'Castor Junior

2006-08-02 02:19:32 : Tour de l'Oisans - Étape 3 - Le Casset - Refuge de la Muzelle - 22-07-2006 - 0 photo - 11 réactions

Troisième jour : la revanche sur la Muzelle

Chacun sa route, chacun son chemin...
Nous nous réveillons à 5h30 en prévision de l'étape la plus courte, en kilomètres, mais probablement la plus difficile, ne serait-ce que par son dénivelé (plus de 4000 m d'après l'IGN). Le patron du gîte a d'ailleurs accepté, à titre tout à fait exceptionnel, lorsque nous lui avons indiqué notre objectif du jour, de servir le petit déjeuner dès 5h45.
La routine s'installe : café pour Mathias et Michel, café au lait pour Nico, et chocolat au lait pour Serge et moi. Nous ne lésinons pas sur les tranches de pain accompagnées de beurre et de confiture. Comme à mon habitude, je me tartine les pieds de crème anti-frottements, avant de remettre des chaussettes qui commencent à porter les traces de l'effort, et me recouvre littéralement les parties du corps exposées au soleil d'une bonne couche de crème solaire.
L'heure des choix arrive : l'an dernier, Mathias, parti seul pour un périple similaire, avait dû abandonner, carbonisé, au pied de la Muzelle, destination de l'étape du jour. L'objectif aujourd'hui est donc, pour lui, de prendre une revanche méritée sur ce col réputé très difficile. De toute évidence, il est le plus marqué du groupe et, de mon côté, je ne brille pas particulièrement par ma maîtrise technique du cheminement en moyenne montagne, malgré un apprentissage accéléré lors des deux premières journées. De leur côté, Michel, Serge et Nico, s'ils souffrent, le cachent plutôt bien, et sont, de toute évidence, bien plus performants que nous.
Aussi, ainsi que nous l'avions évoqué la veille, nous décidons de nous scinder en deux groupes. Les "forts" optent pour une montée sur le Col des Colombes, qui ajoute environ 400 m de D+, tandis que Mathias et moi restons sagement sur le GR54 jusqu'à Villar-Loubière, soit 7 kilomètres tranquilles en fond de vallée.
But du jeu : se regrouper au Refuge des Souffles, prélude à l'ascension du Col de la Vaurze. Si tout se passe comme nous l'espérons, cela devrait même nous permettre, à Mathias et moi, de nous reposer quelques instants au Refuge, en attendant que nos camarades soient redescendus de leur difficulté supplémentaire. Mais, pour cela, il ne nous faut pas trop tarder.
A 6h28, nous partons donc (relativement) vite sur un GR très roulant et plutôt agréable et, qui plus est, en léger faux plat descendant. Nous atteignons ainsi Villar-Loubière en 48', soit moins de 7' au km, après avoir dépassé sans y mettre les pieds La Chapelle en Valgaudemar, où Mathias avait eu tant de mal à se loger l'an dernier.
Lors de l'ascension vers le Refuge des Souffles, nous dépassons un groupe de randonneurs qui nous interpellent (en substance) :
"Dites, les jeunes, vous feriez mieux de profiter du paysage !"
Rassurez-vous, nous n'en perdons pas une miette ! Certes, j'hésite parfois à sortir l'appareil photo et à prendre le temps d'immortaliser un paysage, un décor à couper le souffle, mais le cerveau s'imprègne totalement de cet environnement qui, pour moi en tout cas, a quelque chose de magique.
Nous atteignons finalement le Refuge des Souffles, ou plutôt ce qu'il en reste, vers 8h45. En effet, des travaux de reconstruction ont été entamés, et, en fait de refuge, nous ne trouvons qu'un amas de tôle et de bois. Heureusement, un point d'eau a été maintenu quelques mètres plus haut, qui nous permet de boire à volonté, mais Mathias, qui cherchait un endroit confortable pour évacuer quelques troubles gastriques, sera contraint de se tourner directement vers Mère Nature... En tout cas, nous constatons avec une certaine satisfaction que nous avons finalement réussi à parvenir au point de rendez-vous avant nos compagnons. Il s'en est toutefois fallu de peu, car Michel nous rejoint cinq petites minutes après notre arrivée, bientôt suivi de Nico et Serge.

Quand t'es dans le désert, depuis trop longtemps...
Connaissant mes talents de boulet, et la capacité de Mathias, tel un phénix renaissant de ces cendres, à revenir dans une ascension comme un boulet de canon, je décide de prendre un peu d'avance sur mes camarades pour la fin de l'ascension au Col de la Vaurze. Bien m'en prend, car cette ascension est truffée de petits passages en descente assez techniques, sur un chemin schisteux parfois très étroit et rendu glissant par l'eau qui s'écoule par endroits. Michel, Nico et Serge me dépassent malgré tout, et je parviens au sommet, à 2500 m, vers 10h20. J'aperçois, dans la vallée, le Désert en Valjouffrey, où nous devrions faire notre pause de midi. La descente m'apparaît, comme souvent, assez périlleuse, et je m'élance dès que Mathias atteint le col. Ce sera toujours ça de pris !
Comme d'habitude, tous mes camarades me dépassent assez rapidement : Michel d'abord, puis Nico, suivi de Serge, et enfin Mathias. Ce dernier, observant ma "technique" de descente (à savoir : marcher pour sécuriser au maximum l'appui à chaque pas), me conseille de trottiner au contraire le plus souvent possible, afin, justement, de réduire le plus possible la durée de chaque appui, ce qui permet paradoxalement de sécuriser davantage la descente.
Grâce à ces nouveaux conseils, après ceux de Michel la veille, je me lâche (un peu) plus dans la descente, et parviens en bas quelques dizaines de secondes après Mathias, qui a toutefois probablement levé le pied pour m'attendre.

Nous retrouvons nos camarades, attablés à la terrasse d'un bar, en pleine discussion avec un jeune couple apparemment fort sympathique, que je semble être le seul à ne pas connaître du tout. Il s'agit en fait de fredou et Sophie. Fredou est un UFO de haut vol : son dernier exploit en date ? La Transislande. Allez jeter un coup d'œil sur son site, c'est absolument délirant ( http://transislande.blogspot.com/ ). En discutant avec lui autour de Cocas, panachés, chips et autres tranches de saucisson, je découvre que nous avons des relations communes : fredou a en effet participé l'an dernier aux 6 jours d'Erkrath, où Claude Hardel et Christine Bodet, mes coéquipiers du Raid 28, s'étaient imposés dans leur catégorie respective. Le monde de l'ultrafond est décidément bien petit : même au fin fond du Désert, on arrive à retrouver des gens qui sont animés de la même passion. Et, ce que j'apprécie particulièrement avec ces personnes-là, c'est la simplicité et la gentillesse qui les caractérisent le plus souvent. Fredou et Sophie ne dérogent pas à la règle, et leur présence s'ajoute à notre besoin de repos pour nous clouer dans cette vallée encaissée pendant près d'une heure, jusqu'à 12h30.

Pourtant, que la montagne est belle...
Après avoir quitté nos deux amis rencontrés par hasard, et rechargé nos camelbaks à la fontaine du village, nous nous mettons en route pour le deuxième grand col du jour : environ 1000 m de D+ à grimper d'une seule traite, sous un soleil de plomb, heure oblige, pour atteindre le sommet du Col de Côte Belle, situé à 2290 m d'altitude.
Serge annonce la couleur dès le départ : il souhaite tester sa vitesse ascensionnelle sur cette fin d'étape, et compte se rendre au Refuge de la Muzelle au plus vite, sans nous attendre spécialement en chemin. Ce grimpeur d'exception a bien raison de se lâcher un peu : il est important que chacun d'entre nous profite au mieux de cette excursion de quatre jours entre amis.
Michel le suit de près, et Nicolas et moi avançons à peu près au même rythme, tandis que Mathias peine davantage une fois de plus.
Cette ascension prend très vite, pour moi, des allures de course extrême. Le serveur du bar au Désert nous avait prévenu qu'il n'y aurait guère de point d'eau en route : il ne s'était pas trompé ! La végétation encore bien présente et l'herbe bien verte sont particulièrement trompeuses : l'eau circule, certes, mais uniquement en profondeur. Le sol est globalement sec, et aucun ru ni torrent ne coule dans le gros de la montée.
Les premiers hectomètres nous mettent déjà dans l'ambiance : j'aperçois les os d'une mâchoire d'ovin, complètement séchés par le soleil, ainsi qu'un petit serpent, mort, apparemment grillé par l'astre du jour.
Je repense à ces albums de Lucky Luke où des vautours sont juchés sur un croque-mort patibulaire. Mon esprit divague même alors vers des courses comme la Badwater... J'ai vraiment l'impression de traverser une petite Vallée de la Mort, et ce sentiment, allié à la chaleur bien présente, ne me rassure pas vraiment.
Je n'ai qu'une hâte : arriver au sommet où je sais pouvoir trouver un peu d'air. C'est probablement cette envie irrépressible qui me permettra de boucler l'ascension en 1h20', soit 750 m/h. Je prends quelques photos au sommet, puis décide d'entamer la descente, sachant pertinemment que mes camarades, Mathias compris, n'auront aucun mal à me rattraper dans cet exercice où je ne brille pas.

Las, cette descente sera finalement la plus agréable de tout le périple. Contrairement au versant sud que nous venons de monter, la descente sur le versant nord est très roulante, sur une terre souple, et bien plus végétale que minérale, avec des passages étroits au milieu d'une végétation luxuriante. J'ai l'impression d'être ici chez moi, comme dans ces coteaux de l'Yvette où je m'entraîne habituellement. Je me sens pousser des ailes, et ai l'impression de dévaler ces lacets à grande vitesse. Ce n'est pas totalement faux, car, fait exceptionnel, seul Nico me rattrapera dans le bas de la descente, et je parviendrai à m'accrocher à son pas, de telle sorte que nous pourrons entamer la dernière montée ensemble.

Mais oui, mais oui, les cols c'est fini...
Arrivés en bas, nous devinons le chemin qui mène à Valsenestre, village où Mathias avait conclu son aventure l'an dernier. La dernière difficulté du jour, le Col de la Muzelle, se situe dans la direction opposée. Et il faut reconnaître que la demoiselle en impose : le sommet semble à la fois horriblement haut et terriblement difficile d'accès, car on ne distingue aucune trace vue d'en bas. De plus, les nuages commencent à s'amonceler sur les sommets environnants, et ni Nico, ni moi ne tenons à effectuer cette dernière ascension sous l'orage.
Nous nous mettons donc en route rapidement, après avoir rechargé (enfin !) nos camelbaks dans un torrent, et partagé un fromage frais que Nico avait amené avec lui.
Je passe en tête, et précise à Nico qu'il ne doit surtout pas hésiter à me doubler si je n'avance pas assez vite. Mais ce rythme semble lui convenir, et nous progressons donc ensemble, à un rythme relativement soutenu étant donnée la difficulté intrinsèque de la montée, jusqu'à une vingtaine de mètres d'altitude avant le sommet. Là, je rencontre, sans réaliser immédiatement, mon premier coup de fringale de cette longue aventure. Michel, qui nous suivait depuis le début de l'ascension à quelques dizaines de mètres plus bas, fond sur moi à vitesse grand V. Il me conseille, en me rattrapant, de manger un peu. Je le remercie, mais suis au fond de moi alors intimement persuadé que c'est la technicité de cette fin d'ascension, avec une montée droit dans la pente sur un terrain schisteux qui se dérobe sous mes pieds, qui est la cause unique de mon coup de moins bien. En une dizaine de minutes, je vois Nico et Michel atteindre le sommet, tandis que je ne suis même plus sûr de m'en approcher.
C'est un passage psychologiquement difficile, que je surmonte essentiellement parce qu'il ne reste que quelques dizaines de mètres de D+, et que j'ai mes camarades en ligne de mire.
Je ne les rejoindrai toutefois au sommet que plus d'une dizaine de minutes après qu'ils l'auront atteint.
Et Mathias dans tout cela ?
Je réalise seulement au sommet du col que notre GO n'est pas là. Michel nous explique l'avoir attendu au sommet de Côte Belle, mais avoir fait la descente seul. Nico emprunte des jumelles à un groupe de randonneurs stationnés au sommet, et finit par apercevoir le pauvre Mathias dans le début de la montée, plusieurs centaines de mètres au-dessous de nous. Persévérant dans mon égoïsme, notamment après avoir vu que la descente sur le Refuge de la Muzelle était assez longue, apparemment technique et, horreur, impliquait la traversée de névés, je ne désire qu'une chose : commencer cette descente pour en finir avec cette journée éprouvante. Michel vient m'enlever mes scrupules en se proposant de descendre, sans son sac, à la rencontre de Mathias, en se disant qu'il pourra le délester du sien pour cette ascension difficile.
Nico et moi abandonnons alors nos deux amis, légèrement rassurés par le fait que les nuages ne semblent plus si prompts à déverser des trombes d'eau sur l'ascension du Col.
Dès le premier névé, Nico file au loin, en montagnard averti, tandis que je descends à pas lents, prenant bien soin d'éviter la chute à tout prix. Il me faudra près de trois quarts d'heure pour atteindre le Refuge qui surplombe le lac de la Muzelle.

Bilan de la journée : 10h25' pour 38,8 km et 4073 m de D+.
Bilan cumulé des trois jours : 30h42' pour 134,4 km et 9941 m de D+.

A la guerre comme à la guerre...
J'arrive au refuge vers 17h00, où je retrouve Serge, déjà légèrement débarbouillé, et Nico. Il semble qu'il y ait une douche dans le refuge, mais elle tournerait à l'eau froide, et plusieurs personnes patientent déjà devant. Aussi, Nico et moi décidons d'aller nous laver les pieds dans le lac tout proche. En nous voyant nous diriger vers ce lac glacé, d'autres hôtes du refuge croient que nous voulons piquer une tête et nous prennent pour des fous. Fous, peut-être, inconscients sûrement pas. La toilette du jour sera d'autant plus rapidement expédiée que l'eau est véritablement glaciale (3°C peut-être ?). Tant pis pour notre entourage : il y a fort à parier que nous ne sentirons pas la rose le lendemain mais, à la guerre comme à la guerre...
Michel nous rejoint quelques minutes plus tard, signe que Mathias a bel et bien pris la plus belle des revanches sur ce Col de la Muzelle qui le hantait tant depuis un an. Tant mieux ! Mathias nous disait en effet, avant le départ du Chazelet deux jours auparavant : "Voir la Muzelle, et mourir...". Le p'tit gars, qui nous disait plusieurs fois par jour depuis le départ être mort avait finalement réussi son pari. Chapeau bas l'ami, et merci de nous avoir emmené avec toi dans cette magnifique galère !
En allant, à son tour, se laver les pieds au lac, Michel nous offrira sa première, et dernière, chute de l'aventure. Rien de grave heureusement : le gaillard est solide, et la terre bien meuble...
Après un apéritif bière, coca et eau - pour Serge - (un véritable rituel maintenant), nous prenons possession de nos lits superposés dans un vaste dortoir bondé, pour un petit somme avant le deuxième service auquel nous avons été affectés d'office. Le repas (soupe et tartiflette) fait un bien fou, et permet de recharger un peu les batteries. Favoritisme du jour lié à la spécificité de notre périple, je peux même recharger celles de mon GPS en le branchant dans la cuisine du refuge, où s'affairent les gardiens et leur famille.
A ma plus grande joie, je constate encore une fois l'absence de douleurs musculaires ou articulaires, seules les ampoules se faisant, très relativement, sentir.
L'ambiance ce soir là, au milieu du refuge bondé, est particulière : nous avons tous le sentiment d'avoir fait le plus difficile de notre périple, et, même si l'étape de demain s'annonce longue, un sentiment diffus de victoire avant l'heure est perceptible.
En tout cas, pour ma part, je n'ai maintenant plus de doute : j'irai au bout de cette aventure dans laquelle je m'étais lancé un peu rapidement, sans réaliser vraiment ce qu'elle impliquait.
Et, pourtant, il nous reste encore plus d'un marathon et 3000 m de D+ à parcourir...
Suite, et fin, demain...

L'Castor Junior

2006-08-01 02:29:36 : Tour de l'Oisans - Étape 2 - Vallouise - Le Casset - 21-07-2006 - 0 photo - 14 réactions

Deuxième jour : l'aventure continue

La navette ? Vous voulez rire ?
Après une nuit tranquille dans un dortoir que nous occupons seuls, nous nous réveillons à 6h00 pour profiter d'un petit déjeuner agréable servi par le patron du gîte, aux petits soins avec nous. Ce dernier nous parle à nouveau de la navette qui relie Vallouise à Entre-les-Aygues, à l'ouest, et que de nombreux randonneurs empruntent avant de se lancer dans l'ascension du Col d'Aup Martin, point culminant du GR54. Cette navette serait d'autant plus appréciable que de récents glissements de terrain ont emporté une partie du GR qui passe au sud de l'Onde. Nous ne sommes heureusement pas du genre à nous laisser distraire ainsi de notre objectif de boucler, à pied, le tour de l'Oisans, et déclinons donc cette offre pourtant sympathique.
Comme la veille avant le départ, je me tartine les pieds de crème anti-frottements, et l'ensemble des parties du corps exposées au soleil de crème solaire à fort indice de protection. Mathias, à qui le soleil de la veille a commencé à donner un teint d'écrevisse, m'en emprunte d'ailleurs un peu afin de limiter les dégâts.
Nous quittons le gîte à 6h43, et suivons donc la route jusqu'au Pont des Places où le GR rejoint cette dernière. Nous poursuivons ensuite jusqu'au parking d'Entre-les-Aygues, en nous faisant doubler, au passage, par la fameuse navette. Pas bien grave : nous aurons certainement l'occasion de doubler ses passagers lors de notre montée "sportive" au col !
L'ascension commence le long du Torrent de la Selle, dans un cadre magnifique. Nous marquons une pause devant un abri au Jas Lacroix, à 1946 m d'altitude (1h48' pour gravir 770 m : nous sommes bien partis tranquillement).
Nous nous arrêtons également au Champ Rond, à 2170 m, d'où la vue sur le chemin parcouru est déjà saisissante, puis nous entamons la montée finale vers les 2761 m du Col de l'Aup Martin, que nous atteindrons à 10h15, après 3h32' de rando-course. La vue sur l'ensemble des environs est à couper le souffle, sorte de paysage lunaire où subsistent de larges bandes d'herbe bien verte.
La descente infernale
Nous rejoignons ensuite le Pas de la Cavale, à 2735 m, en une dizaine de minutes, puis entamons une longue descente vers le Refuge du Pré de la Chaumette.
Cette descente me donne enfin l'occasion de démontrer au monde entier - ou, du moins, à mes quatre compagnons - mes prodigieux talents de descendeur. Serge, excellent grimpeur, dit souvent qu'il est mauvais descendeur (Michel est d'ailleurs persuadé qu'il dispose là de ses plus belles marges de progression). Je vais donc m'efforcer de lui montrer que l'on peut trouver bien pire, à un niveau qu'il n'imaginait peut-être même pas.
En effet, sitôt la descente entamée, mes quatre compagnons s'envolent bien loin devant moi, et je les vois me prendre dix, puis quinze, puis cinquante, puis cent mètres... de D- en un temps record. Partout où ils courent, je ne trouve rien de mieux à faire que marcher péniblement, en tentant vainement d'assurer un minimum de stabilité. Je sens pourtant bien que cette descente est relativement roulante (je croise d'ailleurs un groupe de randonneurs à cheval), mais il n'y a rien à faire : je suis tétanisé, et me résous donc à l'idée de laisser mes camarades filer, en espérant qu'ils n'auront pas à m'attendre trop longtemps malgré tout.
Arrivé sur le Vallon de Rougnoux, j'hésite sur le chemin à prendre. Certes, le GR continue à descendre sur ma droite, mais je crois me souvenir que mes compagnons ont parlé, le matin même, d'une succession de cols rapprochés les uns des autres aujourd'hui, et, justement, le chemin à gauche mène vers le Col du Cheval de Bois. Je commence à suivre le GR pendant cinq minutes, puis, pris d'un nouveau doute, je remonte et entame l'ascension du col pendant un bon quart d'heure, avant de réfléchir un peu plus sereinement et de conclure qu'ils m'auraient attendu s'ils s'étaient écartés du GR. Je reprends donc le chemin de la descente, et les aperçois, enfin, attablés au Refuge du Pré de la Chaumette, où j'apprends qu'ils m'attendent depuis... plus d'une heure.
Rien de tel pour prendre la pleine mesure de mon rôle de boulet de l'équipe...
Heureusement pour moi, ces montagnards sont d'une patience sans bornes, et je peux moi aussi profiter d'un ravitaillement Coca/tomates particulièrement bienvenu à cette heure (il est déjà midi).
Trois p'tits cols et puis s'en vont
Nous repartons vers 12h30, pour entamer l'ascension des trois derniers cols de la journée. La montée au Col de la Vallette, à 2668 m, ne pose pas de difficulté, et je rejoins Serge, Michel et Nico quelques minutes avant Mathias, que ses maux de ventre ralentissent implacablement dans chaque ascension. Les 850 m de D+ sont avalés en 1h10' : je ne dois pas être loin de mon record de vitesse ascensionnelle. La vue est, là encore, magnifique. Il faut dire que nous sommes particulièrement gâtés par la météo, avec un ciel bien dégagé et un temps chaud et sec depuis le début de notre aventure.
Nous descendons sur le Vallon de Gouiran, dans un terrain schisteux qui me convient paradoxalement davantage que le mélange de pierres et de terre rencontré après l'Aup Martin. C'est là que Michel me donne quelques conseils pour améliorer un peu ma technique de descente, ou plutôt pallier mon manque flagrant de maîtrise : une posture semblable à celle du skieur, les jambes pliées et les épaules en avant des fessiers. Ah, si seulement je savais skier...
Nous remontons ensuite sur le Col de Gouiran, à 2597 m, où nous marquons une petite pause, puis redescendons sur le Vallon Plat avant d'entamer l'ultime ascension du jour vers le Col de Vallonpierre, à 2607 m. Après dix minutes d'arrêt, nous entamons la descente sur le Refuge de Vallonpîerre, à 2271 m, en bordure du lac éponyme, où nous marquerons une dernière pause qui sera l'occasion de se ravitailler en eau et de s'alimenter un peu (ah, que j'aime ces barres de nougat...).
Nous descendons ensuite sur la vallée de la Séveraisse, où le GR est très agréable jusqu'à Rif du Sap, petit chemin passant au travers d'une végétation luxuriante. Michel et Nicolas sont partis devant, et ont opté pour la route, tandis que Mathias, Serge et moi décidons de suivre le GR jusqu'à hauteur du Casset. A l'approche du Bourg, je regrette presque notre choix, car le sentier si agréable s'est mué en vaste autoroute à 4x4 : une bonne dizaine de mètres de large, sur un sol presque lisse, et où il devient difficile de s'abriter du soleil dont les rayons brûlent plus ici que sur les sommets.
Heureusement, le GR bifurque à gauche et redevient plus sauvage, jusqu'à un petit pont très pittoresque qui nous permet de rejoindre le Casset, près de La Chapelle en Valgaudemar. Serge nous a doublés dans cette dernière portion, et Mathias et moi ne pouvons réprimer notre joie à la vue du panneau "Le Casset, 0,1 km".
Cela fait en effet plus de 11h que nous avons quitté Vallouise et une descente pénible pour moi et des ascensions difficiles pour Mathias ont assez largement entamé notre résistance physique et mentale.

Bilan de la journée : 11h17' pour 48,8 km et 3226 m de D+.
Bilan cumulé des deux jours : 20h17' pour 95,6 km et 5868 m de D+.

Le repos des guerriers
L'arrivée au gîte est donc une véritable délivrance. Serge connaît les lieux pour y avoir déposé, quelques semaines auparavant, un pot de 2 kg de sa poudre magique qui constitue, seulement coupée d'un peu d'eau, sa seule source de ravitaillement pendant la journée.
L'endroit est très agréable et, comme à Vallouise, les propriétaires et les autres clients sont aux petits soins avec nous. Après une petite bière et un petit Coca, la douche, qui fonctionne à l'énergie solaire (voilà une façon toute simple de profiter des énergies renouvelables) fait un bien fou, et me permet de nettoyer un peu deux débuts d'ampoules au pied droit, que je tenterai de soigner avec un Compeed.
Le repas est copieux, mais un cafouillage dans la répartition des parts nous prive, Serge, Michel, Nico et moi, de plat principal... Heureusement, nos voisins se proposent de nous donner une large part de leur propre assiette, et la propriétaire nous prépare, en catastrophe, une bonne casserole de pâtes.
J'avoue que j'aurais eu du mal, après une telle journée, à me contenter des feuilles de salade prises en entrée...
Je n'ai ce soir encore, à ma plus grande joie, aucune douleur musculaire ou articulaire, mais je redoute un peu la journée de demain, qui est celle qui avait contraint Mathias à l'abandon l'an dernier. Mathias, d'ailleurs, est lui très marqué par ses douleurs gastriques, et s'interroge sur ses chances de parvenir à boucler l'étape de demain.
Nous décidons d'ailleurs de nous répartir en deux groupes, Michel, Nico et Serge optant pour un trajet a priori plus agréable mais aussi plus technique, tandis que Mathias et moi nous contenterons de suivre le GR.
Enfin, tout cela dépendra de notre état le lendemain au réveil...
A suivre...

L'Castor Junior

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